Dissident club

Chronique d’un journaliste pakistanais
Scénario : Hubert Maury, Taha Siddiqui
Dessin : Hubert Maury
Couleurs : Ariane Borra, Élise Follin
Éditeur : Glénat
Collection 1000 feuilles
264 pages
Prix : 29,00 €
Parution : 15 mars 2023
ISBN 9782344042717
Ce qu’en dit l’éditeur
Chronique d’un journaliste pakistanais exilé en France.
En 2018, après avoir été victime d’une tentative d’enlèvement et d’assassinat dans son pays d’origine, le journaliste d’investigation Taha Siddiqui trouve refuge en France. À travers ce roman graphique, et en compagnie d’Hubert Maury, il revient sur sa jeunesse, son parcours, et son combat pour la liberté de la presse.
Quand les parents de Taha quittent le Pakistan pour l’Arabie Saoudite c’est dans l’espoir d’une vie meilleure. Au pays de La Mecque, le quotidien du petit Taha est déjà régi par un islam rigoriste mais quand son père se radicalise, les choses se corsent. C’en est fini des coloriages de Batman et Superman, place à des livres moins profanes. Désormais les super-héros de Taha seront les leaders religieux ! En pleine Guerre du Golfe, la police des mœurs commence à sévir et bientôt il faudra aussi renoncer au foot de rue. C’est en l’an 2000 qu’une brèche s’ouvre… La famille se réinstalle alors au Pakistan où l’armée a pris le pouvoir. À l’âge de 16 ans, Taha rêve de faire des études d’arts, mais son père a d’autres projets pour ce fils qui rechigne à suivre le droit chemin. En attendant, Taha va découvrir une Société faite d’interdits que la jeunesse s’efforce de contourner. Jamais il ne s’est senti aussi libre malgré l’insécurité ambiante. Les attentats du 11 septembre vont profondément l’impacter, tout comme son entrée à l’université. Après avoir connu l’école coranique et la censure, Taha va progressivement s’émanciper et trouver sa voie… il sera journaliste et débutera sa carrière sur une chaîne « hérétique » au grand dam de son père ! Sa détermination, sa foi en son métier et son engagement politique feront de lui une cible comme tant d’autres condisciples à travers le monde.
Véritable chronique d’enfance et d’adolescence, Dissident club retrace avec un humour libérateur et décomplexé le quotidien d’un jeune homme aux prises avec les fondamentalistes religieux ainsi que son combat pour un accès à l’information et la liberté d’expression. Coécrit et mis en scène par Hubert Maury, ancien diplomate devenu auteur de bandes dessinées,ce roman graphique aussi réjouissant qu’édifiant nous offre une vision limpide du Pakistan sur les trente dernières années ainsi qu’une certaine réflexion sur la religion, ses dérives et les fractures d’une communauté. Un témoignage touchant et sensible qui nous rappelle aussi bien L’Arabe du Futur que le travail de Guy Delisle.
Aujourd’hui Taha Siddiqui (Prix Albert Londres 2014) et sa famille vivent à Paris. Taha a ouvert en 2020 The dissident club, un café & bar où les dissidents du monde entier se retrouvent pour échanger et qui propose régulièrement des conférences, des expositions et des projections.
« Pour moi, faire une BD, c’est un acte de résistance et une revanche contre les règles strictes de mon enfance ».
Dans Dissident club, chronique d’un journaliste pakistanais exilé en France, album paru chez Glénat, Taha Siddiqui journaliste d’investigation pakistanais, lauréat du Prix Albert Londres 2014, réfugié politique dans notre pays suite à une tentative d’enlèvement et d’assassinat dans le sien, retrace son parcours. À la fois chronique d’enfance et d’adolescence et analyse géopolitique et sociopolitique du Pakistan de ces trente dernières années, ce récit co-scénarisé et dessiné par Hubert Maury l’a aidé et nous aide à comprendre comment le petit Taha, certes déjà un peu rebelle, élevé dans une famille radicalisée est parvenu à sortir du carcan dans lequel on cherchait à l’enfermer et est devenu ce journaliste combattant l’oppression sous toutes ses formes au nom de la liberté de la presse et de la liberté tout court. Passionnant !
Islamabad, 10 janvier 2018

À la lecture des premières pages, on se croirait en plein cœur d’un film d’action. Un homme se rendant à l’aéroport se trouve brutalement expulsé de son taxi, embarqué manu militari dans une Toyota par quatre sbires coiffés de pakols armés jusqu’aux dents et réussit par miracle à quitter le véhicule …

… avant d’être poursuivi par ses ravisseurs qui canardent à tout va.

« Cet homme en fuite, pourchassé par de mystérieux prédateurs », c’est Taha Siddiqui.

Et son histoire commence où il est né : à Djeddah, 35 ans auparavant. Ses parents avaient quitté leur terre natale, le Pakistan, pour migrer en Arabie Saoudite, trouver un emploi y étant plus facile.

Peu à peu, au contact de l’islamisme dur qui règne dans le pays, la famille va se radicaliser. Finis les anniversaires. Exit les coloriages de super-héros, papa devient baba.
Et pour pratiquer le foot de rue, il va falloir jongler avec la Muttawa (police religieuse) … Pour couronner le tout, évidemment, passage obligé dans les écoles coraniques.

Suite à un changement de régime au Pakistan, l’armée ayant pris le pouvoir, la famille retourne s’installer à Karachi. Taha est alors âgé de 16 ans. On va suivre l’ado qui va s’octroyer une certaine liberté et, comme les jeunes de son entourage, vivre ses premières expériences en bravant les interdits de cette société corsetée par la religion, réprimée par l’armée.
Selon le désir de son père qui souhaite le voir le seconder dans ses affaires, il intègre le prestigieux IBA (Institute of Business Administration) … Oui mais une rencontre inopinée va bouleverser les plans de baba …

Ce sera le déclic, il sera journaliste !
Une chronique d’enfance et d’adolescence oui, mais
Entre Arabie saoudite et Pakistan, Dissident Club, nous fait découvrir le quotidien d’un enfant devenu adolescent puis jeune adulte, grandissant dans une famille sunnite de plus en plus radicale alors que lui, curieux depuis son plus jeune âge cherche à comprendre le monde dans lequel il vit et de plus en plus épris de liberté, va remettre en question la religion et son éducation et s’affranchir de la tutelle de son père salafiste.

Les rencontres qu’il fera y seront pour beaucoup mais pas seulement. Selon lui, s’il a pu échapper à son endoctrinement, c’est parce qu’enfant, il était assez grand quand les règles se sont durcies à la maison et il a ainsi pu se rendre compte de la radicalisation de son père.
De plus, il a toujours eu un regard un peu extérieur sur le pays dans lequel il vivait ; expatrié en Arabie Saoudite, il avait 16 ans quand il est revenu dans son pays d’origine où il n’avait pas vécu jusqu’alors.
Une analyse de la géopolitique pakistanaise et saoudienne
Parallèlement à l’autobiographie, le reportage. Souvenirs d’enfance et d’adolescence oui mais surtout état des lieux et prise de conscience de la complexité du monde qui l’entoure. À travers son récit personnel, c’est toute la géopolitique de cette région qu’on revisite sur 30 ans : l’islam radical, les clivages mêmes au sein de l’islam à travers la rivalité chiites/sunnites, l’hypocrisie des gouvernements, le financement du Djihad, les conflits indo-pakistanais … On y croisera entre autres Benazir Bhutto et le général Musharraf. Tous les évènements à commencer par l’attentat qui causera la mort du général au pouvoir au Pakistan qui fera prendre conscience au petit Taha alors âgé de six ans de son appartenance au peuple pakistanais, les attentats du 11 septembre, la guerre du golfe … vont contribuer à forger l’homme d’aujourd’hui qui peu à peu va s’émanciper, prenant du recul avec la religion, entrant en dissidence contre les 2 piliers qui ont forgé son pays, l’armée et la religion, par le biais du journalisme.

Le journalisme : s’échapper, comprendre, dénoncer
Constitution du Pakistan, Article 19 :
« Tout citoyen a droit à la liberté de parole et d’expression, et il y a la liberté de la presse, sous réserve de toute restriction raisonnable imposée par la loi dans l’intérêt de la gloire de l’islam ou de l’intégrité, de la sécurité ou de la défense du Pakistan ou de toute partie de celui-ci, des relations amicales avec les États étrangers, de l’ordre public, de la décence ou de la moralité, ou en relation avec un outrage à magistrat, la commission d’un délit ou l’incitation à celui-ci. »
Si labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France, armée et religion sont les deux piliers du Pakistan. Derrière l’interdiction, la censure, il y a les miliaires pakistanais qui contrôlent tout : la société, le gouvernement, la jeunesse.
Son parcours journalistique va l’amener en terrain miné. S’il est deux domaines qu’il est interdit de critiquer, c’est bien la religion et l’armée. Or Taha Siddiqi n’aura de cesse d’enquêter sur les accointances des dirigeants avec les religieux et les militaires qui tirent les ficelles dans l’ombre.
On sait comment cela va se terminer …
Un diplomate au Pays des Purs
Hubert Maury, co-scénariste va non seulement assurer la partie graphique mais également contextualiser l’histoire de Taha Siddiqui en y apportant humour et dynamisme à la manière d’un Ersin Karabulut pour son Journal inquiet d’Istanbul (Dargaud, 2022), faisant de ce pavé de plus de 260 pages un véritable page-turner. L’autre façon d’aérer le récit, d’apporter une respiration et permettre au lecteur de souffler un peu, ce sont ces pages où Taha Siddiqui coiffé de son chapeau, attablé devant un café, s’adresse face caméra au lecteur afin d’expliciter la scène qui vient juste de se passer. Enfin, s’adresse au lecteur, pas vraiment… Mais ça, on le découvrira en fin d’album.
Hubert Maury, le Pakistan, il connaît. En poste à l’ambassade de France, il y a vécu trois ans de 2005 à 2008 quand Musharraf était au pouvoir. Et d’ailleurs c’est là son troisième roman graphique, les deux autres ayant également pour cadre et sujet le Pakistan. Grand lecteur de bandes dessinées, il a toujours dessiné. Dans les années 2000, il a même réalisé quelques projets pour Spirou. Mais comment est-il passé de la diplomatie à la bd ?
« J’ai subitement eu l’envie de raconter graphiquement la riche expérience de personnes que j’avais pu rencontrer à l’étranger.»
En découlera un premier album Le pays des purs, le nom en langue Ourdou du Pakistan (La boîte à bulles, 2017) puis un deuxième Fêtes himalayennes – Les Derniers Kalash (La boîte à bulles-Musée des Confluencess, 2019).
Pour lui, la valeur ajoutée de ce troisième album, c’est que cette fois, il ne s’agit pas du Pakistan vu par des Français comme dans ses deux albums précédents mais par un Pakistanais, ce qui amène un autre angle de vue.
Une narration graphique efficace
Étant donné la densité et la complexité de l’axe géopolitique, il fallait une écriture graphique simple et efficace et le trait dynamique du dessinateur s’y prête parfaitement. La lisibilité et la fluidité du récit sont renforcées par la colorisation assurée par Ariane Bora et Élise Follin, deux artistes travaillant dans le même atelier parisien que le dessinateur. Elles vont utiliser une gamme de couleurs très restreinte : à dominante ocre-jaune pour l’Arabie saoudite, rouge pour le Pakistan. Jaune et rouge sont des couleurs chaudes. Pour la France, terre d’exil, on change d’univers, de contexte, d’où le choix d’une couleur froide, le bleu, utilisé également pour les scènes oniriques ou de contextualisation historique.

De Karachi à Paris : The Dissident club
L’album doit son nom à un bar « The Dissident Club », lieu de rencontre des dissidents du monde entier créé par Tahar Siddiqui en 2020. Dans ce bar, situé dans le 9ème arrondissement de Paris sont organisées conférences, expositions et autres manifestations. Le journaliste continue son combat.
Si Hubert Maury planche actuellement sur un roman graphique d’espionnage dont l’action se au Cambodge, en Afghanistan, au Pakistan et en France pour Glénat, l’aventure du Dissident club n’en est pas pour autant terminée.
Alors, Laissons le mot de la fin à Taha Siddiqui : l
« Mon voyage dans le monde de la bande dessinée ne s’arrêtera pas avec Dissident Club. Je travaille actuellement sur un autre ouvrage – une suite, qui parlera de quelques dissidents qui fréquentent mon bar. Ce projet va mettre en lumière leurs histoires comme nous l’avons fait dans ce livre. »
Et ce sera avec Hubert Maury, bien sûr !
POUR ALLER PLUS LOIN
Autour de Taha Siddiqui

Le documentaire « La guerre de la polio »
Le prix Albert Londres a été décerné conjointement à Taha Siddiqui et aux Français Julien Fourchet et Sylvain Le Petit en 2014.
« La polio qui avait été pratiquement éradiquée de la planète refait surface en Afghanistan et au Pakistan. Ce reportage raconte le combat de médecins et d’ONG qui luttent, au péril de leur vie, contre la propogande des Talibans qui sabotent les campagnes de vaccination et font régner la terreur ».

Autour d’Hubert Maury

Ses deux autres albums
Le pays des Purs

« Le 27 décembre 2007, la ville de Rawalpindi, au Pakistan, est la proie de violentes émeutes, suite à l’assassinat de Benazir Bhutto, principale opposante au régime en place.
Dans la foule, Sarah Caron, photographe française, saisit avec son appareil les moindres détails de la scène. Mais très vite, la jeune femme est repérée et se retrouve poursuivie, craignant pour sa vie.
Un mois plus tôt, Sarah rencontrait Benazir Bhutto afin de réaliser une série de portraits commandées par le magazine Time. Une entrevue difficilement décrochée et qui, par un pur hasard, survenait le jour même de l’assignation à résidence de l’opposante. Une aubaine pour Sarah : pendant 4 jours, elle se retrouvait aux premières loges de l’actualité ! De jour, elle mitraillait les lieux, de nuit, elle transférait ses clichés.
En immersion totale et au gré des commandes, la jeune femme passe cette année-là du monde de l’élite pakistanaise à celui des talibans, avec l’aide d’un fier guerrier pachtoune. Son objectif est une arme dont elle se sert pour frapper les esprits et franchir les frontières, qu’elles soient physiques ou culturelles, et ce malgré le danger des lieux et des situations.«
Fêtes himalayennes – Les Derniers Kalash

« Dans les vallées reculée de la frontière Pakistano-afghane, les 3.000 derniers Kalash de l’Himalaya tentent de préserver leur culture et leurs traditions ancestrales, désormais menacées par l’islamisation de la société et le monde moderne.
À l’approche du solstice d’hiver, les Kalash chantent et dansent pour la renaissance des saisons et la fertilité de leurs cultures. Ils prient les dieux et les esprits de la nature, dialoguent avec les fées et écoutent les instructions du chamane.C’est pour vivre de l’intérieur l’événement le plus sacré de la tradition que Jean-Yves Loude, Viviane Lièvre et Hervé Nègre ont intégré le quotidien de ce peuple, appris leur langue et adopté leurs rites.«
La chronique de Journal inquiet d’Istanbul








