ALTAMONT


Altamont

Altamont
Scénario : Herik Hanna
Dessin : Charlie Adlard
Éditeur : Glénat
136 pages
Prix : 19,50
Parution :  30 aout 2023
ISBN 9782344050439

Ce qu’en dit l’éditeur

Après le peace & love de Woodstock, la fureur et le désastre d’Altamont

Décembre 1969. Woodstock et la vague du Flower Power ont déferlé sur la côte Est des États-Unis quelques mois plus tôt. En réponse, la côte Ouest décide à son tour de faire monter les décibels lors d’un festival qui se rêve légendaire… Les plus grandes stars de l’époque sont censées y participer, à commencer par les Rolling Stones en têtes d’affiche pour enflammer la scène. Hors de question pour Jenny et ses potes de rater le concert du siècle ! Dans leur combi Volkswagen qui roule depuis Los Angeles, l’ambiance bon enfant fleure bon la marijuana. Peu importe si l’organisation s’annonce un peu fantaisiste, ce qui prime, c’est la musique ! 300 000 personnes sont attendues pour ce rendez-vous peace, love et rock’n’roll qui aura finalement lieu sur la piste automobile d’Altamont, en Californie du Nord. Sauf que peu de temps après l’arrivée du groupe d’amis, une première altercation éclate, ne présageant rien de bon. Si tout commence dans l’exaltation, la tension est palpable. Embauchés pour assurer la sécurité et payés en bière, les Hells Angels commencent à éloigner la foule de la scène à coups de batte et de chaîne. Tandis que Thomas escalade les échafaudages et que Matt se perd dans un trip d’acide, Leonard comprend qu’ils ne sortiront pas indemnes d’Altamont.

Cela devait être un beau festival, gratuit, une célébration de l’amour et du partage. Au lieu de ça, la tragédie d’Altamont est devenue le symbole de la fin d’une époque. 

Charlie Adlard et Herik Hanna reviennent sur cet épisode tristement célèbre du rock en nous livrant le portrait désenchanté d’une jeunesse libre et rêveuse, marquée par la guerre du Vietnam. Illustré par le dessinateur-culte de Walking Dead dans un style vintage emprunt au pop art, ce road-movie graphique qui sonne juste se lit d’une traite, le temps d’un voyage iconique.

Quand Charlie Adlard, le dessinateur de Walking Dead rencontre Herik Hanna, le scénariste de Bad Ass et qu’ils décident de fictionnaliser un des évènements les plus dramatiques de l’histoire du rock, ça donne l’album Altamont paru chez Glénat, récit crépusculaire du very bad trip de cinq fans venus assister à l’évènement. C’est à travers leurs yeux et leur expérience que l’on va vivre la tragédie qui soldera le Flower Power.

À l’est l’Eden, À l’ouest the Hell

Aout 1969, Woodstock; Décembre 1969, Altamont

Go west ! Quatre mois après Woodstock, en réponse à celui-ci, les Rolling Stones organisent le festival de la Côte Ouest sur le circuit automobile d’Altamont situé in the middle of nowhere en Californie du Nord.

« Altamont était un très mauvais présage. Le ciel était triste et gris ce jour-là. Le site dégageait des ondes très négatives. Ce n’était qu’un circuit, pas une prairie verdoyante. La foule était majoritairement sous acide et les Hell’s étaient encore plus défoncés. Ce drame a marqué un tournant »

Grace Slick, chanteuse de Jefferson Airplane

Hit the road, Highway I-5 revisited

Toute la première partie du récit se déroule à l’intérieur du combi VW à bord duquel nos cinq passionnés de rock effectuent le voyage qui les mène à Altamont et c’est l’occasion pour le lecteur de faire connaissance avec eux.

Nous découvrons que quatre d’entre eux, Leonard (Leo), Matt (Doc), Jennny (Jen), la copine de Matt et Thomas (Schizo), tous originaires de Bakersfield sont des copains d’enfance alors que Samantha (Sam) est une amie de fac de Jenny qui s’est jointe à la petite bande pour l’occasion. Un absent, Mike ….

On cause beaucoup musique, on se charrie aussi. Certains ont déjà les pensées quelque peu voire très embrumées, drogue et alcool étant au rendez-vous. Everybody must get stoned, comme dirait le Zim…

Au gré des morceaux qui passent à la radio, les discussions vont bon train, chacun défendant son idole. Les rocks stars présentes dans l’album, que ce soit Hendrix ou Clapton, sont en lien avec la personnalité de nos cinq protagonistes, représentants d’un microcosme caractérisant les différentes facettes de de la génération hippie.

Les discussions à l’intérieur du véhicule sont entrecoupées de pages du journal de Doc apportant des informations sur la psyché et le passé des différents acteurs ainsi que sur lui-même. Ce journal, il a commencé à l’écrire pour exorciser les souvenirs encore brûlants de la guerre du Vietnam.

Les haltes qui jalonnent leur parcours nous permettent, elles, de mieux saisir l’atmosphère de l’époque en croisant l’autre Amérique : celle des partisans de la guerre du Vietnam, des flics, des des adultes qui voient d’un mauvais ces jeunes qu’ils ne comprennent pas.

Et puis rythmant tout ça, les planches « On the road again ».

« Il fallait jouer un peu avec ce bitume omniprésent. Chaque arrêt du van de Jenny semble invoquer un cliché, une étape obligatoire ou un lieu emblématique du road-movie. Les embouteillages, puis la station-service, puis le garage du frère de Leo, puis le contrôle routier et, enfin, Altamont… et le circuit automobile sur lequel le festival se déroule. Chaque stop est donc toujours “intimement” lié à la route et à l’incarnation de celle-ci, un objet incontournable dans l’imagerie américaine depuis plus d’un siècle : l’automobile. »

Herik Hanna

La transition entre la première partie où tous les espoirs sont permis et la seconde, beaucoup plus sombre, apportant son lot de drames et de désillusions est magistralement mise en scène lors de l’arrivée à Altamont par une double-page rabat représentant les cinq amis ébahis, double page qui va s’ouvrir sur une vue panoramique qui va s’étaler sur quatre planches.

Altamont : Quatre morts en Californie du Nord

Petit rappel historique : Le festival gratuit a réuni plus de 300 000 personnes alors qu’on en attendait trois fois moins. Problèmes d’organisation, service d’ordre assuré par les Hells Angels d’Oakland armés de chaînes et de queues de billard payés en bière et donc complètement pintés, public sous l’emprise de drogue et d’alcool, tout était réuni pour que ça dérape. Le festival a été émaillé de nombreux actes de violence dont le point culminant n’est autre que la mort d’un jeune spectateur, poignardé à mort par les Hells Angels alors que les Stones se produisaient sur scène. « Under their thumb » … Les trois autres morts « accidentelles » sont imputables l’une à la noyade d’un homme sous emprise de LSD ; les deux autres victimes, quant à elles, ont été écrasées par un chauffard.

Voilà ce qui va servir de contexte à notre histoire qui, elle, va mettre au premier plan nos cinq amis en les confrontant à l’ambiance délétère qui régnait, les tensions exacerbées, la violence et va leur faire vivre une expérience dont nul ne sortira indemne car évidemment, ça va mal se passer …

Le focus étant bien sur les événements vécus par notre petite bande, le meurtre de Meredith Hunter, lui, est totalement occulté et le concert n’est là qu’en background.

Derrière eux, le concert

L’important n’est pas ce qui se passe sur scène mais hors-scène. Ce n’est pas un documentaire. Aussi tout juste apercevra-t-on quelques images de Jefferson Airplane ou des Stones, et entendra-t-on quelques prénoms d’artistes. Tout est dans l’ellipse. En revanche, ces moments choisis correspondent à des moments d’extrême violence qui perturbent à tel point le concert, que les groupes, dépassés, ont été par moments obligés de s’arrêter et ont tenté de calmer le jeu, eux-mêmes n’étant pas à l’abri des exactions des Hells. Quant aux Greatful Dead, vu la non-maitrise de la situation, ils avaient renoncé à se produire.

Trait et couleur au diapason de la narration

Au scénario extrêmement bien ficelé d’Herik Hanna répond l’époustouflante écriture graphique de Charlie Adlard, débordante d’énergie. Si le scénariste n’a pas son pareil pour camper les personnages, le dessinateur n’est pas en reste pour les incarner.

Il dessine en traditionnel et utilise ensuite le numérique pour y inclure trames et couleurs. Le côté vintage rappelant l’illustration américaine de l’époque, les trames à la Lichtenstein très sixties contribuent à nous replonger dans ces années-là. Pour la réalisation des décors, il s’est appuyé sur des photos ou, pour le festival d’Altamont, des captures d’écrans du documentaire Gimme shelter qui retrace la tournée américaine des Rolling Stones en novembre et décembre 1969 dont le festival d’Altamont est l’élément central. 

Les couleurs sont au diapason de la narration.

Lumineux au départ, les tons chauds jaunes, orangés du soleil californien vont peu à peu s’estomper pour céder la place à des tons de plus en plus désaturés et s’assombrir encore à l’arrivée à Altamont pour finir en camaïeux de gris à la limite du noir et blanc. Si la dernière planche est en couleur, elle évoque néanmoins plus une scène post-apocalyptique qu’un retour à la normale.

« I’ve been waiting for a girl like you to come into my life », changement d’atmosphère, changement de lieu, changement d’époque. Nous sommes à Hollywwod en 1982. Vous allez me dire, oui encore ce truc galvaudé de l’épilogue qui se passe X années après. Oui, mais non parce que cet épisode apporte des éclaircissements sur ce qui s’est réellement passé cette nuit-là et a vraiment toute sa place.

Laissons, comme dans l’album, le mot de la fin à l’un des cinq acteurs:

« C’est un cliché que j’entends fréquemment. Presque toujours, à vrai dire. À chaque fois que quelqu’un évoque Altamont ou apprends que je m’y trouvais, systématiquement cette phrase résonne : « Altamont a sonné la fin de l’innocence américaine. » Et à chaque fois je me demande Quelle innocence ? »

Signalons enfin que l’album a été sacré BD RTL du mois de septembre, ce qui est amplement justifié et qu’en début d’album (ce qui nettement plus judicieux qu’en fin d’album), la playlist des titres évoqués est disponible sous la forme d’un QR code.

POUR ALLER PLUS LOIN
1. San Fransisco
Scott McKenzie
2. Diana
Paul Anka
3. National Anthem U.S.A
Jimi Hendrix
Live Woodstock, 1969
4. Let me
Paul Revere & The Raiders
1969
5. Can’t find my way home
Blind Faith
Live Hyde Park, 1969
6. I’m going home
Ten Years After
Live Woodstock, 1969
7. Help me
Ten Years After
Live Newport, 1969
8. White Rabbit
Jefferson Airplane
Live Woodstock, 1969
9. The Sound of Silence
Simon & Garfunkel
Live Central Park, 1964
10. Jailhouse Rock
Elvis Presley
1968
11. Catfish Blues
Jimi Hendrix
Live Stockholm, 1967
12. China Cat Sunflower
Grateful Dead
1969
13. The Other Side of this Life
Jefferson Airplane
Live Woodstock, 1969
14. Jumpin’ Jack Flash
The Rolling Stones
Live NYC, 1969
15. Sympathy for the Devil
The Rolling Stones
Live Altamont, 1969
16. Waiting for a girl like you
Foreigner
1981

Pour en savoir plus sur la genèse de l’album

L’illustration même de l’ambiance délétère qui régnait. Jefferson Airplane s’interrompant en pleine chanson, son chanteur frappé par les Hells Angels, Grace Slick tentant de calmer la foule ….


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