Au cœur des solitudes

Scénario : Lomig
Dessin : Lomig
Éditeur : Sarbacane
176 pages
Prix : 29,00 €
Parution : 06 septembre 2023
ISBN 9782377318124
Ce qu’en dit l’éditeur
1867. Une scierie tourne à plein régime dans un bruit effroyable quand soudain, des ouvriers courent secourir un homme à terre.
Il s’est blessé gravement aux yeux. John Muir a déjà vingt-neuf ans et il est confiné dans une chambre obscure : il est probable qu’il reste aveugle. Mais miraculeusement, après des mois d’une convalescence quasi mystique, il recouvre la vue. C’est décidé, il va tout quitter et embrasser son rêve de toujours : partir plein Sud à la rencontre de la vie sauvage. Armé de son seul courage, de sa jeunesse, d’une loupe et d’une presse botanique, il parcourra ainsi des centaines de kilomètres, à pied, de l’Indiana à la Floride. Imaginez une nature sauvage presque inviolée, où seuls rôdent quelques dangereux soldats du Sud en déshérence et d’anciens esclaves jetés hors des anciennes plantations…
En 2019, Lomig nous enchantait avec l’album Dans la forêt, un récit adapté du roman éponyme de Jean Hegland, récit post-apocalyptique qui nous interrogeait sur notre rapport à la nature. Quatre ans après, il récidive en nous entrainant dans un nature-trip initiatique contemplatif et poétique avec l’album Au cœur des solitudes. Dans cet album qui vient de paraitre aux éditions Sarbacane, il est toujours question de la nature, mais à partir cette fois d’une biographie, celle de John Muir.
Into the wild
Mars 1867, une chambre


Un homme, 28 ans, yeux bandés, tente de surmonter les affres de l’accident de travail qui l’a privé, momentanément espère-t-il, de la vue. Et c’est le temps des regrets : regret de ce qu’il n’a pu réaliser, regret de pas avoir assez profité des beautés sauvages de la nature.

Encouragé par son infirmière, c’est le temps de l’espoir aussi. Depuis l’enfance, il a toujours adoré observer plantes et animaux. S’il revoit, il fera le voyage dont il a toujours rêvé …
1er septembre 1867


C’est à bord du train qui le conduit d’Indianapolis à Jefferson que John Muir qui a presque totalement recouvré la vue commence son journal : John Muir – Planète Terre – Univers, tels sont les mots inscrits sur la face intérieure de la couverture de son carnet. Avec un bagage fort sommaire contenant une loupe et sa presse botanique, le voilà parti plein sud pour un voyage à pied de quelques 1 500 km afin de réaliser son rêve : partir à la découverte de la nature à l’état sauvage.

Après un passage à Cuba où, affaibli par la malaria, il renoncera à se rendre en Amérique latine, il gagnera en bateau New-York, puis la Californie direction La Sierra Nevada où il entrera en symbiose avec la vallée de Yosemite et ses habitants, les majestueux séquoias.


Mais qui était John Muir ?
John Muir (1838-1914), écrivain naturaliste et botaniste américain est considéré aujourd’hui comme un pionnier de l’écologie, lui qui n’aura eu de cesse à partir de ce fameux périple de parcourir le monde à la découverte de cette nature dont il sera un fervent défenseur.

Il sera à l’origine du classement de la vallée de Yosemite en parc national.
Le Sierra Club, qu’il a fondé et dirigé en son temps, est à ce jour une des plus importantes organisations de protection de l’environnement des États-Unis.
Qui était John Muir?
Une très intéressante et élégante partie documentaire vient compléter la vue parcellaire qu’on a pu se faire de l’homme à la lecture de l’album et dévoile l’incroyable richesse de la vie de John Muir.

Après avoir parcouru les États-Unis, il est allé en Europe puis un peu partout dans le monde. Il a même bivouaqué avec Théodore Roosevelt sur l’invitation d’ailleurs du président. Lomig a fait le choix de ne raconter qu’une partie de cette vie : celle de son premier voyage, point de bascule qui initiera toute la suite et fera de lui un pionnier de l’écologie et un défenseur inconditionnel de la nature sauvage.
Pourquoi cette partie là spécifiquement ?
Ravages de la guerre de sécession


Ce voyage se déroule deux ans après la fin de la guerre civile et c’est à travers ses yeux que l’on va découvrir ces états du Sud dévastés dont on peut voir les stigmates dans les paysages traversés mais aussi dans les répercussions sur la population : misère, sort des esclaves affranchis sans oublier la dangerosité des anciens soldats sudistes qui rôdent désœuvrés…

Lomig sur les pas de John Muir
Lomig est un auteur autodidacte de bande dessinée rennais, membre de l’atelier Pepe Martini.
L’atelier Pepe Martini
Son précédent album « Dans la forêt » paru en 2019 toujours chez Sarbacane a été sélectionné pour de nombreux prix en 2020 et s’est vendu à 25 000 exemplaires.
Pour Au cœur des solitudes, contrairement à Dans la forêt qui se déroulait également en Californie, il s’est rendu sur place.
Voilà ce qu’il écrivait en août 2022 :
« Je pars samedi en Californie rendre visite à ma chère amie Jean Hegland. Nous avons organisé – avec le soutien de l’Institut Français, de Rennes Métropole, du Consulat Général de France à San Francisco et de l’association Made in France – une rencontre / lectures dessinées intitulée « Meeting into the forest ». Nous sommes donc très heureux d’intervenir prochainement à Santa Rosa, à Santa Cruz, à Stockton, à Sacramento et à Chico. Je vais aussi bien sûr avoir du temps pour découvrir les extraordinaires espaces sauvages, les immenses forêts et les séquoias géants, que j’ai tant dessiné depuis l’adaptation graphique de son roman. Nous prévoyons d’ailleurs de marcher dans Yosemite sur les traces de l’illustre naturaliste, John Muir, qui inspire le projet sur lequel je travaille depuis deux ans. »
Meeting into the forest
Le dessinateur rennais s’est nourri de cette incursion dans l’univers de John Muir et a su retranscrire graphiquement l’émerveillement du clochard sylvestre comme le sien propre.
L’immersion
Techniquement parlant, Dans la forêt, était réalisé au crayon à papier et au critérium.
On retrouve ce même procédé ici au service de magnifiques planches muettes sur la nature, la flore, la faune traduisant à la perfection cette ode à la nature et insufflant un côté contemplatif au récit. Cependant le dessinateur a dû également élargir son champ de représentations : train, ville, bateaux, scierie…


Journal, rencontres et souvenirs
Outre la maestria graphique, Lomig fait preuve d’une belle maîtrise de la narration, narration non linéaire entrecoupée de flashbacks et rythmée par les rencontres.
Tout au long de son périple, John Muir a tenu son journal. À travers ce récit à la première personne, on va découvrir cette nature qui l’émerveille. Cependant, s’il relate avec précision ce qu’il voit, il parle très peu de lui ; aussi le bédéiste va-t-il devoir combler les creux, ce qu’il fera à l’occasion des rencontres.

Les écrits de John Muir
Notre clochard céleste va croiser des personnes de conditions très différentes, du paysan pour qui la nature ne sert qu’à nourrir à l’ancien capitaine sudiste féru de chasse, des personnages parfaitement incarnés graphiquement. Ce sera l’occasion de confronter ses réflexions et pensées profondes à des contradicteurs.

Les personnages
Les dialogues
Souvenirs et rêveries du promeneur solitaire


Il y a aussi tous ces flashbacks qui nous permettent de mieux cerner le personnage comme celui par exemple où il repense à sa tante. On le retrouve alors en Écosse quand il était enfant juste avant qu’il n’émigre, à l’âge de onze ans, aux États-Unis. À certains moments, en fonction de ce qu’il vit ou ce qu’il voit, il s’échappe par la rêverie en revenant sur son passé.

Son passé
« And into the forest I go, to lose my mind and find my soul »
Wilderness … Cette magnifique ode à la nature, à l’accomplissement de soi, est une invitation au voyage : un voyage contemplatif, méditatif à faire sur les pas de John Muir et de Lomig.
Les extraits sonores sont tirés de l’interview de Lomig réalisée à la librairie La Parenthèse lors du Livre sur la place.
POUR ALLER PLUS LOIN
Les 2 livres de John Muir qui couvrent la période relatée par Lomig



John Muir vu par Alexis Jenni

Sa biographie
« Inventeur génial dès son plus jeune âge, amoureux de la nature, grand marcheur, il sillonna le monde à pied et fut le premier à percevoir les dangers de l’exploitation de la nature. John Muir aurait pu être millionnaire, il a choisi d’être vagabond. Il a inspiré Alexis Jenni.«


La chronique de Dans la forêt



