Simenon, l’Ostrogoth

Scénario : José-Louis Bocquet,
Jean-Luc Fromental
John Simenon
Dessin : Jacques de Loustal
Éditeur : Dargaud
128 pages
Prix : 24,00 €
Parution : 06 octobre 2023
ISBN 9782505119869
Ce qu’en dit l’éditeur
Le 24 mars 1923, Régine Renchon et Georges Simenon sont déclarés mari et femme, d’abord par le curé de l’église Sainte-Véronique puis par l’échevin communiste de la bonne ville de Liège. Ces deux fringants jeunes gens – elle peintre déjà exposée, lui journaliste en herbe et aspirant romancier – ne vont pas s’attarder dans leur Belgique natale. Les voici à Paris où, dans l’effervescence des très swing Années folles, ils se livrent corps et âme à l’esprit du temps et à la conquête de la gloire.
Tandis que Régine se déploie sur tous les fronts, celui de son art comme celui du soutien à la carrière de son époux, Georges devient en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire une véritable « machine à écrire », produisant à la chaîne des petits romans populaires pour financer la grande vie et les fêtes étincelantes qui attirent, dans leur appartement de la place des Vosges, le Tout-Paris bambocheur de l’époque. Prendront-ils le chemin de Zelda et Scott Fitzgerald, celui de la déchéance mentale, morale et artistique, ou, au contraire, parviendront-ils à transcender ces expériences pour bâtir leurs oeuvres respectives ? Et à la fin, lequel des deux artistes sacrifiera ses ambitions à l’autre ?
Avec la bénédiction et la participation de John Simenon, le fils de Georges, José-Louis Bocquet et Jean-Luc Fromental évoquent ce couple fabuleux et le chemin semé d’embûches qui amena Simenon à faire naître son fameux Maigret.
Jacques Loustal, qui illustre depuis des années les oeuvres du maître, déploie toute sa palette pour ce portrait d’un Paris en fête, terrain de jeu d’un duo amoureux, habité par la joie de vivre et la fureur de créer.
Simenon, l’Ostrogoth publié chez Dargaud est une bio graphique virevoltante couvrant une dizaine d’années de la vie de Simenon, une période-clé, celle d’avant la naissance de Maigret qui lui apportera la célébrité, celle de la jeunesse et de la genèse. C’est aussi l’histoire d’un jeune couple d’artistes dans le Paris des années folles, celui qu’il forme avec Tigy, elle peintre ayant déjà quelque notoriété, lui désireux de devenir écrivain.
Le duo José-Louis Bocquet / Jean-Luc Fromental sous la houlette de John Simenon au scénario, Jacques de Loustal aux pinceaux nous dressent là un très beau portrait de celui qui à l’époque ne signait pas encore Georges Simenon.


24 mars 1923, mariage de Georges Simenon et Régine Renchon, dite Tigy. À eux la liberté ! Au revoir Liège, bonjour Paris ! À elle la peinture ! À lui l’écriture ! Les voilà liés par un serment « Pas d’enfants, vivre à Paris et chacun son espace à soi » et un pacte.

Jean-Luc Fromental : Le pacte
Période de bohème, de vaches maigres pendant laquelle «L’homme aux mille noms» comme l’appelle Tigy va enchainer les jobs alimentaires dans la presse : contes, nouvelles, romans populaires signés de moult pseudos dont Georges Sim, le plus connu. En véritable stakhanoviste de l’écriture, il produit de 20 à 40 pages par jour.

Soirées déjantées dans le tout Paris artistique des années folles où ils côtoient Paul Colin, Damia, Foujita et celle « à la croupe qui rit », Joséphine Baker.

Surmenages aussi qui conduiront à des séjours hors de la capitale : Bénouville, Porquerolles et tel Stevenson 50 ans plus tôt, tour de France des canaux à bord d’un canot à moteur avant que ne soit construit l’Ostrogoth et qu’avec la naissance de Maigret, le petit Sim comme l’appelait Colette alors directrice littéraire du célèbre quotidien Le Matin ne devienne le grand Georges Simenon.

John et ses trois « simenoniens »
Le scénario est signé Bocquet, Fromental, Simenon.
Ça faisait longtemps que John Simenon, le second fils du romancier, détenteur et gestionnaire des droits d’auteur de son père depuis plus de 25 ans, souhaitait que soit adaptée en bande dessinée l’oeuvre simenonienne. Il pensait également qu’on pourrait utiliser ce médium pour raconter sa vie, ou plutôt l’homme qu’il était.
« Je ne savais pas comment m’y prendre, jusqu’au jour où j’ai découvert « De l’autre côté de la frontière » (Dargaud, 2020), un album signé Jean-Luc Fromental et Philippe Berthet, un hommage sincère à Simenon, un clin d’œil à la fois respectueux et libre ...
Extrait de l’introduction de John Simenon dans le cahier 1
Jean-Luc Fromental : De l’autre coté de la frontière

Jean-Luc Fromental : Sa relation à Simenon
… J’ai aussitôt appelé Jean-Luc, que je n’avais jamais rencontré auparavant et j’ai découvert sa connaissance enthousiaste de l’œuvre et de la vie de mon père ainsi que sa complicité avec un de mes amis de longue date, que j’avais perdu de vue, José-Louis Bocquet. Après de passionnantes discussions, nous avons décidé de proposer à Dargaud, qui l’a accepté, ce projet que je qualifie depuis de « Biotoon ».
Jean-Luc Fromental : Coups de téléphone
Et bien sûr ils ont réfléchi ensemble.
L’œuvre sera abordée à travers une collection déclinant les adaptations des romans durs, huit dans un premier temps avec en alternance José-Louis Bocquet et Jean-Luc Fromental au scénario. Le premier Le passager du Polarlys (scénario José-Louis Bocquet, dessin Christian Cailleaux) est déjà paru. Le prochain La neige était sale (scénario, Jean-Luc Fromental, dessin Yslaire) paraitra en janvier prochain.


Quant à sa vie, ils ont fait le choix de n’en aborder qu’une partie s’étalant sur une période de huit ans depuis son mariage avec Tigy en 1923 jusqu’à la naissance de Maigret, période charnière où le petit Sim va devenir Georges Simenon. Par la présence même de John Simenon au scénario, ils vont nous livrer un portrait d’une extrême justesse.
Jean-Luc Fromental : L’implication de John Simenon
Dans ce biotoon, selon l’expression consacrée de John Simenon, pointent déjà les deux passions qui animeront Georges Simenon durant toute sa vie. Détournant les paroles de celle dont il sera le secrétaire – voire plus car affinités – on pourrait dire qu’il a deux amours : l’écriture et les femmes.
Jean-Luc Fromental : Simenon et les femmes
Le titre polysémique de l’album Simenon, l’Ostrogoth évoque à la fois le caractère rebelle de Simenon – le terme ostrogoth désignant également un personnage extravagant ou qui ignore les usages, les bienséances – et le nom du bateau qu’il fit construire à Fécamp.

Fidèles à l’écriture à l’os du romancier, les scénaristes ont banni tout récitatif, toute description dans leur récit. La narration se fait uniquement par le biais de l’image et des dialogues ciselés, ce qui rend le récit d’autant plus vivant. Clôturant chacun des cinq chapitres qui composent l’ouvrage, on trouvera un extrait de texte de Simenon judicieusement choisi.

Le prologue de l’album nous entraînait en février 1931 au bal anthropométrique, soirée de lancement de Maigret à Montparnasse. Dans l’épilogue qui se tient quelques mois plus tard, on retouve l’écrivain en séance de dédicaces à Deauville. Sa carrière est lancée.

Tous pour un et un pour tous!
Pour saisir au mieux l’air du temps, entrée en scène du quatrième élément, le simenonien Jacques de Loustal auquel ont naturellement fait appel nos trois mousquetaires.
Comme il l’explique lui-même dans le troisième cahier, son diplôme étant consacré aux canaux, sa rencontre avec l’œuvre de Simenon remonte à ses études architecturales. Alors qu’il naviguait sur le canal de la Marne au Rhin, il « cherchai[t], pour des citations, des textes un peu atmosphériques sur ce genre de paysage. »
La suite, on la connaît : Grand lecteur et admirateur de Simenon, Loustal a illustré plusieurs de ses œuvres avant de réaliser les couvertures des dix volumes de l’intégrale « Tout Maigret » rééditée aux éditions Omnibus en 2019.
Jean-Luc Fromental : Loustal et Simenon
Et ici aussi, tout avait commencé par un coup de téléphone : celui de l’actrice Mylène Demongeot, épouse de Marc Simenon, le fils aîné de Georges qui lui proposait d’illustrer un roman de son choix. Ce sera Touristes de bananes qui paraitra en 2004 chez Vertige Graphic. Suivront des nouvelles de Maigret et quelques romans durs chez Omnibus.

De l’illustration à la bande dessinée
Pour Simenon, l’Ostrogoth, il va sortir de sa zone de confort en quittant les rivages de l’illustration reprenant la phrase qui l’a inspiré au bas de l’image pour aborder ceux plus tumultueux de la bande dessinée avec ses cases, ses strips, ses bulles. Pour ce faire, Il a réalisé un storyboard très précis dont on peut retrouver des extraits sur la couverture des trois cahiers.

S’il a aimé l’aventure, il ne compte toutefois pas la réitérer, trouvant la bd trop contraignante avec ses cases réductrices d’espace, lui préférant la grande amplitude de l’illustration au service de la langue.
Il n’empêche que la narration graphique est une totale réussite. L’élégance de son trait expressif et son ombrage si reconnaissables, l’encrage au pinceau de calligraphie japonaise, la colorisation sublimant les ambiances servent le propos à la perfection. Ajoutons à cela que les années 20-30 est une période qu’il affectionne particulièrement et que son style et son traitement de l’ombre et la lumière évoquant l’expressionnisme allemand de l’entre-deux guerres se prêtent bien au sujet et à l’époque.

Après l’élégance du trait, celle de la maquette
Comme les autres livres de la collection ainsi que tout album ayant trait à la littérature aux éditions Dargaud, Simenon l’Ostrogoth bénéficie d’une présentation élégante avec sa jaquette en papier épais recouvrant une couverture ornée d’un motif, ici l’Ostrogoth, bien évidemment.

En fin d’album, on trouvera une bio des personnages et personnalités artistiques croisées par Simenon, la liste de ses œuvres depuis son premier roman publié en 1924 jusqu’à 1931 soit pas moins de 161 romans populaires et recueils de textes signés sous plus de 20 pseudonymes différents ainsi que les différents ouvrages de documentation consultés par les auteurs.



Pour terminer, précisons que l’album a d’abord été prépublié sous la forme de trois cahiers en noir et blanc recouverts d’une couverture souple avec rabats au verso orné d’une illustration panoramique en couleurs.

Le quatuor Loustal/Bocquet/Fromental/Simenon a su éviter les écueils du documentaire ou de l’hagiographie et nous livrent là un récit absolument passionnant sur la naissance d’un écrivain hors-norme.
Pour prolonger le plaisir, je ne peux que vous conseiller la lecture de l’album Le passager du Polarlys … en attendant les autres.

Les extraits sonores sont tirés de l’interview de Jean-Luc Fromental réalisée à la librairie La Parenthèse lors du Livre sur la place.
POUR ALLER PLUS LOIN
Entretien avec les 4 auteurs

L’exposition des planches originales à la galerie Les Arts dessinés


L’interview in extenso de Jean-Luc Fromental
Interview réalisée à la librairie La Parenthèse dans le cadre du Livre sur la place en septembre 2023
La première partie est consacrée aux 20 ans de Denoël Graphic, la seconde à Simenon.

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