HITOMI


Hitomi

Hitomi
Scénario : H.S Tak
Traduction : Benjamin Viette
Dessin : Isabella Mazzanti
Éditeur : Urban Comics
Collection Urban Grrand format
144 pages
Prix : 20,00 €
Parution :  28 juin 2024
ISBN 9791026827498

Ce qu’en dit l’éditeur

Dans le Japon de l’ère féodale, Hitomi, une jeune vagabonde qui a vu sa famille décimée par un mystérieux samouraï noir, s’engage sur le chemin de la vengeance. Parcourant le pays sans relâche dans l’espoir de devenir à son tour samouraï, elle se rend vite compte que dans une société enracinée dans la discrimination et la violence, elle ne pourra compter que sur elle-même – et son sabre – pour arriver à ses fins.

Le personnage historique Yasuke, premier samouraï « gaijin » a été récemment mis en lumière par la polémique déclenchée lors de la présentation de la dernière version du jeu vidéo « Assassin’s Creed » d’Ubisoft : « Shadows ». Ce samouraï noir y occupe un rôle prépondérant et certains mettaient en doute la véracité historique de cette figure emblématique.

Pourtant ce personnage a bien existé à la fin du 16e siècle. Originaire probablement du Mozambique, il a été capturé adolescent et vendu comme esclave. Acheté à Goa par des jésuites, il va partir avec l’un d’eux en tournée d’évangélisation en Asie en tant que garde du corps car il avait une taille exceptionnelle pour l’époque (plus d’1m80). Lorsque le missionnaire et son escorte arrivèrent au Japon, la présence de ce grand exclave noir déclencha des émeutes. On venait de loin pour le voir. Il fut présenté au Daimyo Nobunaga qui le recueillit à sa cour comme une attraction et pour qu’il fasse peur à ses ennemis. Du fait de son intelligence, de ses dons linguistiques, et de ses qualités de combattant, Yasuke intégra rapidement sa garde rapprochée et Nobunaga l’éleva au rang de samouraï faisant de lui le premier samouraï d’origine étrangère.

Mais ce n’est pas cette histoire incroyable déjà traitée dans le triptyque paru chez Delcourt « Kurusan le Samouraï noir » avec Thierry Gloris au scénario et Emiliano Zarcone au dessin que choisissent de nous raconter HS Tak et Isabella Mazzanti dans ce one shot originellement publié en cinq fascicules individuels chez Image Comics réunis en un volume dans la collection grand format chez Urban Comics. « Hitomi » est d’ailleurs le prénom de l’autre personnage principal : une jeune fille qui recherche l’assassin de ses parents.

DE L’HISTOIRE À LA FICTION

Comme l’explique le scénariste dans la postface de l’album, il n’a pas cherché à faire œuvre historique même si les flashbacks permettent de donner de façon parcellaire des épisodes de la vie du personnage réel : on assiste ainsi à sa capture qu’il se remémore, aux massacres qu’il a perpétué au nom de son maître dans les cauchemars d’Hitomi tandis que Yasuke raconte lui-même son histoire (de son arrivée à Kyoto jusqu’à la mort de son maître, trahi et vaincu en 1582) au seigneur Takimoto  dans un récit encadré au chapitre IV.

« Le voilà, auprès de son seigneur, [écrit HS Tak] dans l’enceinte de leur forteresse, assaillie par l’ennemi, qui approche. Nobunaga intime un dernier ordre à son entourage : commettre le seppuku. Mais rien n’impose le code à Yasuke. Imaginons qu’il soit parvenu à échapper à l’envahisseur pour vivre ses derniers jours dans la campagne du Japon ». 

Pour conter cette histoire imaginaire, il choisit alors de faire de Yasuke l’objet de la quête de Hitomi après une ellipse de huit années.

L’histoire débute en effet en 1590 quand la jeune orpheline Hitomi parcourt le Japon à la recherche d’« un samouraï à la peau noire comme les betteraves » dont elle souhaite se venger, le légendaire Yasuke. En parallèle, on assiste, dans la province de Mukashi aux matchs de sumotori truqués d’un mystérieux rônin vieillissant surnommé Minuit qui cherche à gagner de quoi « rentrer chez lui ». Lorsque ce vieillard sauve l’héroïne de la noyade, sa vie va en être à jamais bouleversée et son passé le rattraper.

INSCRIPTION DANS UNE TRADITION ROMANESQUE ET PICTURALE

Ainsi commence une intrigue dans le Japon féodal quelque peu attendue : au départ l’un n’a pas grand-chose à faire de cette fille qu’il a sauvée, l’autre veut apprendre à se battre à ses côtés pour devenir son égal comme lui a préconisé l’ermite qui l’a mise sur les pas de Yasuke car alors seulement sa « vengeance sera juste ».

Ce drôle de duo va traverser quelques villages et mettre leurs sabres au service des gens qu’ils rencontrent pour gagner leur subsistance tout en apprenant à s’apprivoiser et même à s’apprécier. La jeune fille acquérant les techniques et apprenant surtout les sept principes du code moral des samouraïs : le bushido (honnêteté, courage, bonté, respect, sincérité, honneur et loyauté) tandis que son maître retrouve à son contact à la fois idéal et sens de l’honneur.

Le manga Lady Snowblood

Cette trame narrative emprunte aux classiques du cinéma nippon : histoires de vengeance comme celle de Lady Snowblood déclinée en film et manga et chambaras (littéralement films de sabre) genre dans lequel s’illustra Akira Kurosawa avec plus particulièrement Sanjuro qui met en scène un vieux rônin contraint de devenir le maître d’ingénus apprentis samouraïs. On notera d’ailleurs le rôle prépondérant du découpage de Nicoletta Bea qui crée des pages véritablement chorégraphiques comme autant de clins d’œil à Kurosawa et au Kill Bill de Tarantino.

Mais, contrairement à ce à quoi le lecteur pourrait s’attendre, si l’on trouve quelques pages de combats, ce n’est pas l’essentiel de l’œuvre : les auteurs s’attachent aussi à décrire le contexte du Japon de l’ère Tenshô et de pleines pages viennent justement présenter ces aspects du quotidien dans des scènes typiques (les repas, le combat de sumos, la nuit galante ) qui ne manquent pas d’évoquer tant par leur composition que par les couleurs utilisées par Valentina Napolitano les maîtres de l’ukiyoe que sont Hokusai et Hiroshige. L’album acquiert ainsi une dimension picaresque.

Enfin, il ne faudrait pas oublier la part importante accordée au rêve au chapitre final. Ceci constitue une référence graphique aux nombreux contes fantastiques que compte la littérature japonaise collectés autrefois par Lafcadio Hearn. Nicoletta Bea s’affranchit alors du gaufrier dans une mise en page et des cadrages surprenants tandis que les couleurs de Valentina Napolitano quittent les bleus et ocres estompés des estampes pour devenir vives et psychédéliques. On remarquera aussi l’utilisation fréquente et symbolique dans l’album de la métaphore des masques de No et de Kabuki. Dans ces moments le comics se transforme en recueil poétique.

L’originalité réelle de cet album se trouve dans son melting-pot graphique concocté par trois artistes (dessinatrice, « monteuse » et coloriste) mais également dans la volonté scénaristique d’aborder une légende à son déclin. Comme dans « la manga » d’Hokusai la part belle est faite ici aux marginaux. Dans l’atmosphère crépusculaire de l’ère Sengoku, l’on observe un rythme lent et contemplatif peu habituel aux comics laissant peu à peu s’épanouir les liens qui se tissent entre Hitomi et son maître. Mais ce point fort est aussi le point faible de l’œuvre : On aurait aimé en effet que ceux-ci soient encore davantage développés car leur évolution paraît trop rapide, artificielle et attendue dans le chapitre conclusif. L’ensemble constitue néanmoins une lecture dépaysante et agréable. Une belle découverte !

Yasuke est un récit documenté avec une importante bibliographie en fin du volume.
Il aborde l’Afrique, l’Inde colonisée, le Japon, les déplacements de population et l’évangélisation forcée via les missionnaires portugais. La couverture est par contre un peu trompeuse puisqu’elle laisse à penser que le récit se concentre sur la vie de Yasuke au Japon comme samouraï. Or, il n’en est rien car cet aspect n’est abordé qu’à la fin du texte.

« Kurusan » signifie littéralement « Monsieur noir » et fut l’un des surnoms de Yasuke. La trilogie prend place à la fin du XVI ème siècle dans un Japon qui ne s’est pas ouvert à l’Occident sauf pour y accueillir ponctuellement des missionnaires religieux. L’un d’eux y débarque accompagné d’un serviteur noir qui va fasciner les autochtones au point qu’un seigneur local va le « racheter » à son profit. Débute alors une acclimatation du serviteur noir aux us et coutumes du pays. Confié par son maitre à un expert en armes notre héros va devenir un samouraï et ainsi la légende peut débuter. C’est une série très documentée sur la période et le pays.

DES FILMS DE CHAMBARA EMBLÉMATIQUES 

Le grand samouraï Sanjuro devenu un rônin désabusé sauve la vie de jeunes guerriers inexpérimentés. Il décide d’accompagner ces neuf novices afin de leur éviter d’autres désagréments et les aider à déjouer un complot contre le chambellan. Ensemble, ils partent dans une lutte contre la corruption.  

Elevée dès sa naissance pour assassiner ceux qui ont violé sa mère et l’ont laissé croupir dans une prison où elle est morte en couches, Yuki est formée aux arts martiaux et au maniement du sabre. Devenue la redoutable Lady Snowblood, elle erre à travers le Japon tel un démon dont la vengeance ne sera assouvie que par le sang de ceux qui l’ont privé de son enfance… Le film et le manga inspirèrent Tarantino pour son Kill Bill.


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