Habemus Bastard T1 & T2

T1 L’Être nécessaire
Scénario : Jacky Schwartzmann & Sylvain Vallée
Dessin : Sylvain Valléé
Couleur : Elvire de Cock
Éditeur : Dargaud
88 pages
Prix : 21,00 €
Parution : 03 mai 2024
ISBN 9782205089943
Ce qu’en dit l’éditeur
Un homme de main n’a pas droit à l’erreur. Lucien le sait, son patron ne lui pardonnera pas. Il aurait pu faire n’importe quoi pour sauver sa peau: prendre un avion pour l’étranger et tenter de se faire oublier, s’engager dans la Légion ou même changer de tête.
Mais il a trouvé mieux : une soutane.


T2 Un coeur sous une soutane
Scénario : Jacky Schwartzmann & Sylvain Vallée
Dessin : Sylvain Valléé
Couleur : Elvire de Cock
Éditeur : Dargaud
84 pages
Prix : 21,00 €
Parution : 04 octobre 2024
ISBN 9782205211306
Ce qu’en dit l’éditeur
Lucien a pris ses marques et a fini par endosser pleinement son rôle de nouveau curé de Saint-Claude. Son petit business est fructueux et la soutane lui apporte de nombreux avantages en nature. Mais son passé commence à le rattraper… Gendarmes, gitans, gangsters et paroissiens, ils en ont tous après lui et la réunion finale s’annonce explosive !
Cinq petits mois seulement séparent la sortie de L’Être nécessaire et Un cœur sous une soutane, les deux volets du diptyque Habemus Bastard, paru cette année aux éditions Dargaud. Jacky Schwartzmann, auteur de polars à l’humour corrosif, Sylvain Vallée, le dessinateur d’Il était une fois en France, Katanga ou dans un registre plus léger Tananarive et la coloriste Elvire de Cock jouent brillamment avec les codes du polar en nous entraînant à la suite de Lucien, tueur à gages iconoclaste en cavale dans le Haut Jura. Faux curé mais vrais truands, tous les ingrédients sont réunis pour faire d’Habemus Bastard un excellent moment de lecture punchy dopé à l’humour noir.
L’Être nécessaire
« Je m’appelle Lucien.
Je suis un homme de main.
Est-ce que c’est un métier ? Peut-être.
Est-ce que je l’ai choisi ? Peut-être pas.
Mais je sais une chose :
Je le fais proprement.
Jusqu’à aujourd’hui…«
Sa dernière mission ? Ramener le neveu du boss dans le droit chemin. Et c’est là, dans un hôtel lyonnais, que tout a dérapé avec la défenestration dudit neveu. Ni une, ni deux, Lucien a enfilé la soutane du mort et afin d’éviter les représailles est parti se mettre au vert dans la paroisse où celui-ci devait prendre ses fonctions. Tel est le postulat de départ.
Curé à Saint-Claude ! La planque rêvée ! Lucien alias Le Père Philippe va devoir prendre ses marques. Doudoune orange et T-shirts à l’effigie de groupes de hard, flingue planqué sous la soutane, il n’a pas fini d’étonner ses paroissiens et de séduire ses paroissiennes. De la chaire à la chair, il n’y a qu’un « e « de différence.
Et le charismatique père Philippe va devoir improviser et enchaîner séances de catéchisme inénarrables, messes en dix minutes top chrono et je ne vous parle pas des sermons …

Entre ses magouilles pour la restauration du presbytère et le chapeautage du petit trafic de drogue du jeune Renaud, le fils de sa femme de ménage, on enchaîne les situations rocambolesques pour notre grand plaisir.

Le tome 1 s’achève en apothéose. Plus dure sera la chute …
Un cœur sous une soutane
Habemus bastard mais pas de fumée blanche pour s’élever vers le ciel. De blanc, il n’y a que la neige qui va furieusement se teinter de rouge dans cette deuxième partie du diptyque.
Et si on était dans une une ambiance frères Cohen dans la première partie, là on verse dans le Tarentino et le côté bordeline quelque peu sympathique de Lucien a pris un sacré coup dans l’aile.
« Attends cousin… Pour que tu piges, faut que je te raconte une putain d’histoire de ses morts …«
Comme le tome 1, le récit commence par un flashback. Les deux scènes se situent à Lyon avec trente ans d’écart. Pour le tome 1, c’était la bavure de Lucien. Dans le 2, c’est un braquage aux conséquences funestes qui touche de prêt la famille de Jean-Pierre, le boss de Lucien et tonton de Philippe, le même Philippe qui 30 ans plus tard tré-passera par la fenêtre …
Ajoutez à cela un cadavre qui refait surface …

Quand le passé se mêle au présent, bonjour les dégâts collatéraux ou pas. Les révélations liées à cette histoire vieille de 30 ans vont mettre le feu aux poudres. Et deux bandes rivales vont venir s’affronter à Saint-Claude et sur les hauteurs avec toutes deux en ligne de mire … le Père Philippe. Vengeance quand tu nous tiens …
Disciples, mécréants et autres ouailles …
Si les habits ne font pas le moine, la soutane ne fait pas le curé. Ne cherchez pas la moralité de l’histoire, voyez plutôt l’amoralité de Lucien, un bel enfoiré qui cherche à doubler tout le monde et va peu à peu perdre son capital de sympathie. Ce ne sont pas les scrupules qui l’étouffent, seul son intérêt compte. Autour de lui, dans le premier volet gravitent ses paroissiens, personnages attachants et sympathiques à la limite de la naïveté.

Dans le second apparaîtront avec le gang des Lyonnais et celui des Gitans une ribambelle de truands aux gueules de vrais méchants. On retrouve là la patte graphique de Sylvain Vallée dans le chara design des personnages tout en rondeur ou au contraire tout en longueur aux trognes et à la gestuelle extrêmement expressives qui s’inscrivent dans le registre de la caricature si chère au dessinateur.

La caricature, outil idéal pour la bande dessinée
Saint-Claude, « belle et moche à la fois«
La situation même de Saint-Claude dans une vallée encaissée, sa taille – petite bourgade jurassienne comptant près de 9000 âmes – en faisaient l’endroit idéal pour se faire oublier du moins, c’est ce qu’à dû penser Lucien en débarquant, saisi la morosité qui s’en dégageait en ce jour d’hiver où la pluie allait bientôt céder la place à la neige …

Cette région, le Bisontin Jacky Schwartzmann la connaît bien, d’autant plus que sa famille est propriétaire d’une vieille bâtisse perdue dans la forêt à La Pesse située à une vingtaine de kilomètres de Saint-Claude, qui l’hiver quand il y a de la neige, n’est accessible qu’en ski de fond. Nul doute que cela a inspiré le décor du second volet.
Quant à Sylvain Vallée, il avait fait connaissance avec la petite ville au début de sa carrière de dessinateur et n’en avait pas gardé un très bon souvenir …
Souvenir de Saint-Claude
Tous deux bien sûr sont allés sur place en repérage et pour la cohérence du récit ont décidé de remplacer la cathédrale de Saint-Claude par l’église Notre Dame de l’Assomption d’Orgelet, petite cité chargée d’histoire située à une quarantaine de kilomètres de Saint-Claude. Il fallait que Lucien officie dans une petite église. Cela n’aurait pas été crédible qu’il soit prêtre incognito dans une cathédrale.


L’église d’Orgelet


Une ville paradoxale
L’histoire de Saint-Claude a débuté au Moyen Âge avec l’arrivée de deux moines, Romain et son frère Lupicin. Au XXIe siècle, le Père Philippe va faire de la capitale de la pipe et du diamant une plaque tournante de la coke. Il faut bien vivre avec son temps.
Des frères Coen à Tarentino
Changement de rythme et changement d’atmosphère entre les deux volets. La neige et le froid vont instaurer une atmosphère toute particulière. On va sortir de Saint-Claude, prendre de la hauteur dans un paysage glacé et glaçant aux profondes ravines témoin d’actions et exactions pas très catholiques. Tout va s’accélérer, la tension va aller crescendo pour nous mener à un final explosif. Place à l’action au détriment de l’humour, la verve et des clins d’œil qui émaillaient le premier volet, ce que personnellement je regrette un peu. De même, le fort potentiel de personnages secondaires telle la très attachante Eva, n’a pas été exploité. Tout juste fait elle quelques apparitions assez insignifiantes. Dommage !



L’évangile selon Saint Jacky et Saint Sylvain
L’évangile selon saint Sylvain, c’est les séries Il était une fois en France, et Katanga avec Fabien Nury au scénario ou encore dans un registre plus léger Tananarive scénarisé par Mark Eacarsall.
L’évangile selon saint Jacky, c’est le polar décapant trempé dans l’humour noir non exempt d’amoralité. L’alliance des deux va produire un cocktail explosif.
La genèse
« Au commencement était le Verbe. »
Et c’est justement, le verbe, l’écriture caustique de Jacky Schwartzmann qui a séduit Sylvain Vallée dont il avait lu les romans sur les conseils de son éditrice Pauline Mermet.

Dans le premier tome, c’est un feu d’artifice de saillies plus drôles les unes que les autres, de détournements de phrases cultes issues de discours de Kennedy ou de Karl Marx, de clins d’œil aussi tels le nom du boss de Lucien Jean-Pierre Grumbach qui n’est d’autre que le nom véritable d’un cinéaste qui avait pour pseudo Jean-Pierre Melville et bien évidemment de pastiches de Michel Audiard.

Et puis, il y a le choix judicieux des titres tous deux à double entente des deux volets, l’un se référant à la philosophie, l’autre à l’un de nos plus grands poètes. Brillant !
En philosophie, l’Être nécessaire se réfère à un concept lié aux arguments de l’existence de Dieu dans la théologie et la métaphysique utilisé pour décrire un être dont l’existence est absolument indispensable et ne peut pas ne pas exister.

Un cœur sous une soutane – intimités d’un séminariste est un écrit de jeunesse d’Arthur Rimbaud au ton provocateur évoquant les sentiments et les expériences intimes d’un jeune séminariste.
Tous deux sont crédités au scénario et aux dialogues. Pas vraiment une co-scénarisation pour Sylvain Vallée mais plutôt une co-création et une véritable partie de ping-pong entre eux deux. À Jacky Schwartzmann le scénario et la majeure partie des dialogues truculents et à Sylvain Vallée l’adaptation et la mise en scène qui a nécessité, question de rythme, des ajustements.
Ainsi la page noire ouvrant le tome 1 sur les pensées de Lucien est-elle entièrement due au dessinateur.
L’adaptation
Des cent pages du scénario original, Sylvain Vallée va en tirer 160, une trop forte pagination selon lui pour un one shot. D’où l’idée d’en faire un diptyque ce qui de plus permettait d’instaurer une respiration entre les deux tomes et d’amener une attente chez le lecteur comme pour une série à condition toutefois que celui-ci ne soit pas un adepte du binge-watching.
Alors qui sait ? Peut-être retrouverons nous Lucien … Pas dans l’immédiat du moins.
Pourquoi 2 ?
L’évangile selon Saint Lucien alias Père Philippe
Les romans de Jacky Schwartzmann sont écrits à la première personne. Ici, Lucien étant le narrateur, il fallait transposer ce récit à la première personne en jouant avec les codes de la bd, en variant les off, en les décalant dans le temps. Les flashbacks tout comme certaines scènes de nuit sont sur fond noir. Question de rythme, toujours.
La voix off
Les enluminures de Saint Sylvain et Sainte Elvire
Graphiquement parlant, c’est une réussite totale ! Le découpage au cordeau, la mise en scène ultra dynamique et rythmée, les gros plans sur les trognes, la grande expressivité et la gestuelle des personnages, les jeux avec la croix, l’environnement sonore admirablement bien rendu par les onomatopées, les différentes atmosphères … absolument tout est au service de la narration et est sublimé par la mise en couleur de la talentueuse Elvire de Cock qui a plus d’une corde à son arc puisqu’elle est elle-même dessinatrice. C’est par l’intermédiaire de l’éditrice qu’elle est arrivée sur le projet.

Le choix du coloriste
Une coloriste qui sait dessiner
Et avec Sylvain, ça a tout de suite matché. Si Sylvain a souvent préparé à l’aide de gris sur ses planches le modelé et la lumière, en revanche il lui a laissé carte blanche pour le choix de sa gamme de couleur. La doudoune orange, c’est elle !
Sa méthode
Leur collaboration
Autopsie d’une planche
Étant elle-même dessinatrice, elle s’est servi de son expérience personnelle et s’inscrivant dans le dessin de Sylvain est venue par la couleur soutenir la narration et les ambiances, tout en jouant sur les nuances.
Tout est au service de la narration.
Dans le deuxième volet, des couleurs beaucoup plus soutenues et contrastées de tons chauds viennent souligner la violence et alourdir l’atmosphère.
L’utilisation du numérique

Ite, missa est !
Les extraits sonores bordés de noir sont tirés de l’ITW de Sylvain Vallée, ceux bordés de rouge de l’ITW d’Elvire de Cock, toutes deux réalisées au Cabaret Vert le 17 août 2024.
POUR ALLER PLUS LOIN
Les Interviews
Une exposition
Sylvain Vallée, Maître de la narration et conteur de l’humain
Quai des bulles 2025

Des albums de Sylvain Vallée
Il était une fois en France (Glénat)






« Orphelin. Immigré. Ferrailleur. Milliardaire. Collabo. Résistant. Criminel pour certains, héros pour d’autres… Joseph Joanovici fut tout cela et bien plus encore.
De 2007 à 2012, Fabien Nury et Sylvain Vallée ont raconté le destin hors-norme de ce personnage à travers une formidable saga historique, adulée par la critique et le public : récompensée par de nombreux prix – dont celui de la Meilleure Série à Angoulême en 2012 – et vendue à près d’un million d’exemplaires.«
Couleur : Delf

Katanga (Dargaud)



« En 1960, après quatre-vingts ans passés sous la domination coloniale belge, le Congo proclame son indépendance ; moins de deux semaines après, la riche province minière du Katanga fait sécession. Le Congo et le Katanga entrent immédiatement en guerre ; au cœur du conflit : la possession des territoires miniers.
De nombreux massacres et exodes de civils s’ensuivent. L’ONU impose alors sa médiation et l’envoi de Casques bleus sur place… Dans le même temps, une horde d’ignobles mercenaires est recrutée pour aller libérer les exploitations minières occupées… Et un domestique noir, Charlie, tord le cou au destin en mettant la main sur un trésor inestimable : 30 millions de dollars de diamants… ce qui fait de lui le Noir le plus recherché du Katanga.
Un thriller politique sans concession.«
Couleur : Jean Bastide

Tananarive (Glénat)

« Au soir d’une vie rangée et précautionneuse, un notaire en retraite va partir à l’aventure pour la première fois de son existence. Petite aventure, mais véritable odyssée pour lui. Lancé aussi vite que ses vieux os le lui permettent sur les traces d’un hypothétique héritier, au volant d’un coupé qui n’avait jamais quitté le garage et accompagné d’un curieux passager, il va découvrir qu’il n’est jamais trop tard pour en apprendre sur les autres et sur soi-même.«
Coloriste : Delf








