Interview José-Luis Munuera : Peter Pan de Kensington
Réunion zoom du 22 octobre 2024

José Luis Munuera, bonjour. Merci d’avoir bien voulu nous accorder un peu de votre temps pour échanger autour de votre dernier ouvrage Peter Pan de Kensington qui vient de paraître aux éditions Dargaud. Après Bartleby le scribe et Un chant de Noël, c’est votre troisième, je ne dirai pas adaptation mais plutôt appropriation, réécriture d’un grand classique de la littérature anglo-saxonne.
Alors pourquoi Peter Pan ?
D’abord parce que le personnage m’a toujours fasciné. Depuis ma plus tendre enfance, j’ai rêvé de Peter Pan, j’ai rêvé de ses aventures. Je me souviens d’avoir vu au cinéma le film de Disney et le moment où Peter s’envole avec Wendy et ses frères sur Londres, pour moi c’est de la pure magie. J’adore ça. Donc, une fois qu’on adore quelque chose, c’est peut-être une bonne question de se demander pourquoi on adore, pourquoi ça nous touche en tant que lecteur, en tant que spectateur. Et donc dans mes recherches, j’ai retrouvé les premiers documents, les premiers textes que Barrie avait écrits sur Peter Pan et c’est sur ça que je me suis basé pour faire mon adaptation ou interprétation comme vous dites.
Alors justement, vous parlez des premiers textes. Est-ce que vous vous êtes inspiré du Petit oiseau blanc de 1902 ou de Peter Pan dans les jardins de Kensington illustré par Arthur Rackham qui n’est autre que la propre adaptation de 6 chapitres issus dudit roman réalisée par Barrie lui-même 4 ans après ?



Le livre Peter Pan dans les jardins de Kensington qui a été publié après avec les illustrations effectivement de Rackham, ça reprend les six chapitres qui ont d’abord été publiés dans Le petit oiseau blanc par Barrie. Il les a sortis du lot. C’était vraiment à part dans l’ensemble de cette œuvre. Donc du coup il les a sortis pour les publier à part. Et c’est de ça que je suis parti. Après, mon adaptation, c’est une adaptation libre dans le sens où le texte de Barrie est par définition inadaptable. Ce n’est pas comme le texte de Peter et Wendy qu’il a écrit par la suite pour faire une pièce de théâtre [NDLR : Peter Pan ou le garçon qui ne voulait pas grandir] sur lequel s’est basé Disney pour faire son film et sur lequel toute la mythologie de Peter Pan par la suite a été construite, a été bâtie. Là dans Peter [Pan] in Kensington Gardens, c’était quelque chose de très différent. C’était très poétique et il n’y avait pas vraiment de structure narrative. Il n’avait pas d’intrigue, il n’avait pas une vraie histoire à suivre, juste une succession d’anecdotes, de rencontres et de descriptions du parc à partir des créatures qui le peuplent.
Alors justement sur le plan narratif, quelles difficultés avez-vous rencontrées et comment les avez-vous surmontées ?
Eh bien justement, la première difficulté, c’était de donner une cohérence dramatique à cet ensemble de petits instantanés que Barrie avait recréés dans son texte, donc d’écrire une ligne narrative dans laquelle on pouvait articuler tous ces petits éléments, les inclure d’une façon linéaire et solide. Donc je suis parti des personnages qui apparaissent dans ce texte dont Maimie, la petite fille qui était perdue dans le parc qui voulait effectivement sortir du parc et qui se fait accompagner par Peter pour essayer de trouver la sortie de cet espace magique qu’est le parc de Kensington quand la nuit tombe.

Situer Peter Pan à Kensington, n’était-ce pas aussi pour vous l’occasion de revisiter Londres d’une autre façon que dans Un chant de Noël ?
Oui. C’est toujours un plaisir de revisiter Londres. C’est une ville que j’adore surtout dans la période victorienne qui est pleine de contrastes très intéressants. Dans Un chant de Noël, je suis plus dans un Londres à la Dickens justement, donc un Londres un peu plus classe moyenne tandis que chez Peter, on est dans un Londres plus bourgeois même si on fait une petite promenade en passant par le Londres du côté de la Tamise … Le parc de Kensington c’est un espace qui était vraiment en plein milieu de la ville, entouré par des quartiers riches. Donc voilà, l’univers de Barrie est très différent de celui de Dickens.


Dans les années 20 quand Barrie a rédigé le scénario de Peter Pan pour la Paramount, il a écrit « Qui était Peter Pan ? Personne ne le sait vraiment. Peut-être n’était-il qu’un garçon qui n’était pas né. » La pièce de théâtre, elle, était intitulée « Peter Pan ou le garçon qui ne voulait pas grandir ». Alors je vous pose la fameuse question : à savoir non pas qui il est mais ce qu’il est.
Pour vous, est-il un enfant immortel comme dans Le petit oiseau blanc ou un enfant éternel comme dans Peter et Wendy ? Un entre-deux ? Une ombre ? Comment vous le définissez ?
C’est une bonne question et c’est vraiment le sujet de ma lecture du texte. Qu’est-ce que c’est que Peter Pan ? À quel monde il appartient ? Est-ce que c’est un enfant qui ne VEUT pas grandir ou un enfant qui ne PEUT pas grandir, qui reste un peu coincé dans le monde de l’enfance pour toujours ? Donc voilà, il reste au lecteur de tirer ses propres conclusions. J’espère que ces conclusions iront dans le sens où j’ai voulu les amener mais si le lecteur trouve d’autres interprétations, je suis toujours ouvert. Je pense que les livres sont par définition des objets magiques, des objets à générer des interprétations. C’est un artefact qui ne sert qu’à générer les interprétations de lectures différentes. Donc toute lecture est bienvenue pour moi.

Alors, ça n’a dû être facile pour vous quand même de donner un corps à ce personnage qui est si souvent représenté Quelles ont été vos sources d’inspiration ?
Disons ce qui est spécial c’est que Dans Le petit oiseau blanc, Barrie décrit un tout petit enfant, mais vraiment un tout petit
qui est encore bébé avec sa chemise de nuit …
Exactement. Ce qui est formidable mais ça s’éloigne tellement du mythe de Peter Pan, de l’idée de Peter Pan qu’on a tous dans la tête que le lecteur risque d’être troublé par cette version. Alors, j’ai essayé de me rapprocher du consensus représentatif de Peter Pan en prenant la couleur verte comme une sorte d’identification du personnage et ensuite j’ai réfléchi sur ce que ce personnage était pour pouvoir le représenter. Donc je me suis dit c’est un personnage dans Kensington Gardens qui a un contact avec la nature, qui a un contact avec la fantasy, donc je vais représenter une sorte d’enfant sauvage si on veut qui est très très connecté au monde qui l’entoure. Et en le voyant comme un enfant sauvage, ma pensée m’a conduit jusqu’à Truffaut et son film justement sur l’enfant sauvage et j’ai trouvé que ça correspondait bien à mon image mentale. Donc mon Peter Pan, c’est un mélange du Peter qu’on connaît tous, un préadolescent de 12 ans en vert mélangé avec cet enfant sauvage de Truffaut et un peu aussi avec ma propre fille à moi (rire) qui a douze ans maintenant et qui m’a servi un peu de modèle pour croquer les expressions du personnage.



Puisqu’on est dans le chara design, d’où vient celui de la reine Mab à la tête surdimensionnée ?
Ça vient de la tradition caricaturale des illustrateurs anglais de la fin du XIXe siècle surtout dans le magazine Punch, un journal satirique hebdomadaire, un peu comme Le canard enchaîné à l’anglaise, et donc les types de caricatures étaient comme ça : de grosses têtes, énormes, surdimensionnées sur des petits corps minuscules ce qui donnait une allure ridicule à la figure mais qui pour moi avait aussi un certain côté magique, un certain côté féerique. Donc je me suis dit que j’allais faire le petit monde peuplé de ces sortes de créatures sorties des caricatures anglaises de la période où Barrie avait écrit son texte mais qui collent bien avec un monde de fantasy.

Une des trouvailles narratives a été de confier la narration aux fées et aux oiseaux qui dialoguent entre eux. Est-ce que cela a été une évidence dès le début ? Qu’est-ce que cela apporte selon vous ?
Ça vient aussi du texte de Barrie. Dans le texte de Barrie, il y a le corbeau Salomon qui parle avec Peter et qui explique un peu le monde du parc. Lui, c’est un peu l’adulte dans l’histoire, c’est aussi le narrateur aussi, d’une certaine façon qui voit de l’extérieur ce qui arrive aux personnages et au petit monde où ils habitent. Donc, ça vient de Barrie. Les fées aussi, ça vient de Barrie, c’était présent dans le texte de Barrie. Disons que chez Barrie, c’était construit en une sorte de promenade autour du parc de Kensington en prenant des éléments physiques, en prenant des éléments vrais qui sont dans le parc et en racontant une histoire féerique par derrière et moi j’ai trouvé ça fascinant de pouvoir se promener dans un endroit qui existe et le peupler de fantasy, le peupler de sortes de rêves féeriques. Donc voilà. Tout ça c’est sorti de Barrie et intégré dans ma version.


Et amplifié je trouve dans votre version parce que chez Barrie, on a encore quand même le narrateur extérieur en la personne du capitaine W. alors qu’avec vous, il disparaît remplacé par le dialogue sous forme de bulles ce qui fait que c’est beaucoup plus parlant en BD.
Ça vient aussi du fait que Barrie a écrit son texte à la fin du XIXe siècle et que moi j’ai fait ma version au premier quart du siècle suivant. Pas le suivant mais encore le suivant (rire). Donc effectivement les modes narratifs ont changé et peut-être que c’est ça un des intérêts des adaptations. De nos jours avec l’édition des textes classiques ou des textes anciens, on peut ressortir de ces textes-là ce qu’il y a d’universel et de contemporain pour tous et les raconter d’une façon qui soit accessible au lecteur d’aujourd’hui qui est un lecteur très sophistiqué, un lecteur qui a une énorme culture audiovisuelle et narrative auquel il faut parler d’une façon un peu moins dogmatique que celle dans laquelle certains textes du XIXe siècle ont été écrits.
L’album révèle la part sombre de Peter Pan. En quoi représente-t-il un danger pour Maimie ?
Disons que dans ma version effectivement Peter Pan n’est pas le Peter Pan de Disney dans le sens où Disney s’inspire de la pièce de théâtre que Barrie a écrite par la suite qui était vraiment adressée aux enfants tandis que le texte du tout premier Peter Pan du Petit oiseau blanc n’était pas du tout adressé aux enfants. C’était vraiment adressé aux adultes. Et il y a une idée qui flâne, qui traîne dans tout le récit du départ jusqu’à la fin, c’est l’idée de la mort présente de façon métaphorique, presque comme une ombre qui est partout. Donc les histoires de Barrie, elles commencent justement avec un petit enfant qui demande à l’adulte Où est-ce qu’elle est la vendeuse de ballons ? Où est-ce qu’elle est ? Parce que normalement elle était dans le parc et l’adulte dit Ben elle s’est envolée avec les ballons. Je ne sais pas. Donc pour moi, c’est vraiment une métaphore claire de la mort.



Oui. Ce que vous exprimez très très bien dès le début de l’album à travers cet épisode où vous représentez d’abord la réalité avec la découverte du corps dans le parc et ensuite la version féerique avec la vendeuse qui s’envole…
Exactement.
Et c’est vrai que la mort sous-tend tout le récit. C’est sans doute dû à la vie même de Barrie avec son frère qui est décédé dans un accident alors qu’il était gamin. Alors il y a ça, il y a la mort et puis il y a aussi l’indifférence que sa mère avait par rapport à lui puisque David était le fils préféré. Tout ça sous-tend aussi le propos, non ?
Oui, tout à fait. Ça imprègne totalement le récit, le mien sincèrement je pense en sous-texte, celui de Barrie même si lui par la suite, il a un peu renoncé à cette lecture pour se concentrer sur l’aspect aventure enfantine de son Peter Pan. Je pense que c’est quelque chose qui traverse le mythe de Peter Pan et c’est une des raisons pour lesquelles d’une façon inconsciente ça nous parle du manque dans le sens où Peter Pan, c’est un enfant qui ne grandit pas, qui évolue toujours dans un espace imaginaire qui n’est pas la réalité et qui emmène les enfants avec lui. Donc voilà. Il y a toute une lecture assez évidente à faire à partir de là.
Comme dans vos précédents récits, vous avez donné une dimension sociétale à votre Peter Pan.
« Un homme se définit uniquement et parfaitement par son apparence. » dira Benjamin ce qui d’ailleurs va entrer en résonance avec le parallèle établi entre la réalité et le merveilleux notamment avec les deux reines Mab et Victoria.
Que pouvez-vous nous dire sur le thème de l’apparence qui sous-tend également tout l’album et de la frontière entre réalité et fiction?

Ça me semblait justement représentatif de cette période historique où la croyance était essentielle – ça le reste encore aujourd’hui, ça c’est quelque chose qu’on a hérité de cette période – mais surtout de la différence ou du rapport qu’il y a entre la réalité et ce qu’on imagine, que ce soit dans la fantasy, que ce soit dans le récit, que ce soit dans les histoires qu’on raconte, que ce soit dans les messages qu’on essaie de donner de soi-même aux autres. Il y a toujours un rapport entre la vérité, la réalité et la fiction qui nourrit toute mon interprétation du texte qui est à la base de tout ce que j’ai essayé de construire. Donc d’abord, je commence par une phrase qui dit Dans toutes les villes, il y a des endroits magiques où ce qui est, ce qui n’est pas et ce qui pourrait être coexistent. Donc voilà. L’apparence, la représentation, les histoires, les métaphores, tout ça, ça fait partie de ce récit.

Vous avez introduit une séquence totalement inédite : la quête du dé à coudre. Avec un clin d’œil soit dit en passant à la désignation du baiser dans le récit initial.
En quoi ce passage est-il un plus ?

Justement on parlait tout à l’heure de la difficulté narrative à raconter cette histoire qui était juste composée des impressions du parc par Barrie. Il fallait trouver un fil narratif et j’ai trouvé que cette sorte de quête – presque un polar – de quelque chose de magique pourrait donner un fil conducteur dans lequel on pourrait justement introduire les différentes rencontres que Maimie et Peter font dans le parc. Donc j’ai imaginé cette devinette du dé à coudre me basant justement sur un des éléments qui est dans Barrie, c’est donc « le dé à coudre » que dans la version de Barrie, Maimie donne à Peter quand elle va lui faire la bise. Peter ne sait pas ce que c’est, donc elle lui donne « le dé à coudre » qui par la suite a été repris par Barrie dans sa deuxième version du personnage dans la pièce de théâtre quand Peter cherche son ombre qui a disparu, il va la coudre à son pied. Pour moi, tout ça c’est très en relation avec l’histoire et c’est de là que vient cette petite devinette absolument irrésolvable mais j’ai vraiment travaillé pour que ce soit possible de la résoudre. (Rires)
Oui, c’était très très bien vu et en plus cela fait bien le parallèle entre les deux reines, la reine Mab et la reine Victoria.
Exactement. Le monde réel et le monde imaginaire en miroir, c’était vraiment les deux faces d’une monnaie. Il y a le côté pile et le côté face.
Un peu comme Peter et Maimie qu’on peut également considérer comme les deux faces d’une même pièce …
D’autant plus que dans votre récit, vous attribuez à Maimie des évènements qui sont arrivées à Peter dans le récit initial. Je pense par exemple à l’épisode des souhaits avec la reine Mab…
Pour adapter un texte, il faut prendre des éléments qui sont présents dans le texte original mais il faut faire des choix et parfois il faut amalgamer des personnages, parfois il faut inventer des personnages et parfois il faut changer les attributions, c’est-à-dire qui a dit quoi en fonction du nouveau texte qu’on est en train de produire. Donc voilà. Parfois, il y a des attributions qui dans le texte original sont à Peter qui vont passer chez Maimie et inversement.
Un petit mot sur votre collaboration avec Sedyas et la couleur.
Lui avez-vous donné des indications très précises ou lui avez-vous laissé carte blanche ?
Disons qu’au départ, on parle beaucoup de l’atmosphère, de l’ambiance, du ton qu’on veut donner au récit. Et là, je donne des indications très abstraites. Je lui parle des émotions. Je dis cette séquence, c’est de la mélancolie. Vraiment, ce n’est pas du tout spécifique et je le laisse interpréter avec ses propres significations la gamme chromatique qu’il va donner à mes dessins quitte à affiner certaines choses, quitte à corriger. Il est souvent très en phase avec moi-même parce qu’on discute beaucoup. Pour moi, la couleur est très importante. Elle est aussi importante en bande dessinée que la musique au cinéma. Elle donne vraiment une première émotion sensorielle au lecteur, un ton, une intention à ce qu’il va lire. C’est la première chose qui percute les yeux du lecteur et si la couleur l’interpelle, il va faire l’effort de décrypter le dessin et par la suite si le dessin lui plaît, il va faire l’effort de lire le texte et de comprendre l’histoire. Donc la couleur est essentielle, est vraiment essentielle dans mes histoires. Et avec Sedyas, j’ai trouvé le coloriste idéal parce que vraiment il sait comprendre et il m’aide vraiment à faire passer les émotions que je veux faire passer au lecteur.
Avec ce côté féerique qu’il avait déjà mis en œuvre dans Un Chant de Noël avec ces fées qui illuminent la page …
On a beaucoup travaillé justement pour donner ce contraste, ce côté presque pétillant qui apparaît dans les images. Donc voilà, je suis très très content de son travail.



J’aimerais bien savoir qui est le mystérieux Alex Romero qui signe les 3 postfaces …
Alex Romero, c’est un ami. Il est prof de sociologie ici à Grenade où j’habite et comme on parle souvent et que je lui fais lire au fur et à mesure ce que je produis, il sait parfaitement quelle est mon intention, quelles sont mes envies et ce que j’essaie de faire. Après, par la suite, je lui demande souvent d’écrire une postface parce que je sais que lui va savoir donner une interprétation qui correspond à mon intention en tant qu’auteur mais en même temps en proposant une expérience de lecture autre que les propres bandes dessinées. Donc c’est un petit exercice littéraire que je lui demande de faire qu’il réussit à chaque fois dans lequel il donne des clés d’interprétation pour le texte en créant en même temps quelque chose de totalement différent. Je pense que vraiment là ça fait le lien à chaque fois avec chacune de mes histoires.
Je suppose que vous allez poursuivre cette collection. Trois albums sont déjà parus. Quels autres auteurs et œuvres aimeriez-vous revisiter ?

Il y a plein de pistes. Je prends beaucoup de notes et je travaille toujours très à l’avance. Par exemple le Peter Pan ça fait plus de deux ans voire trois qu’il était dans les tuyaux. Un chant de Noël aussi : ça faisait presque dix ans que je réfléchissais à mon adaptation. Donc il y a beaucoup de vrais textes qui sont en train de mijoter dans ma tête. Pour la suite ce qu’on va faire déjà, c’est adapter une petite histoire absolument méconnue de Wells, l’auteur de La guerre des mondes et L’homme invisible, une toute petite nouvelle que presque personne n’a lue qui s’appelle L’homme qui pouvait accomplir des miracles, une petite comédie métaphysique très british vraiment très à l’anglaise avec un sens de l’humour très fin, un peu fantastique et c’est sur ça que je travaille maintenant pour l’année prochaine.
En parlant d’humour, il y a le côté sombre de Peter Pan mais il y a aussi de l’humour avec notamment les faux pas de Peter. On trouve toujours un peu d’humour dans vos récits …

Oui. L’humour est très important pour moi. L’humour, c’est un peu la voix de l’auteur. L’humour, c’est aussi une interpellation directe à l’intelligence du lecteur. Il n’y a pas d’humour sans intelligence parce qu’il faut partager tout un monde de codes, tout un monde d’expériences pour que quelque chose fasse rire. Donc pour moi l’humour c’est vraiment l’expression suprême de la culture et de l’intelligence. C’est pour ça que dans toutes mes histoires, il y a de l’humour. Il y a toujours un petit recul humoristique qui peut venir des personnage ou des situations sans lequel je suis totalement incapable de raconter vraiment sérieusement quelque chose.
Vous nous avez parlé de votre prochaine adaptation, la nouvelle de Wells ? Est-ce que vous avez d’autres projets ? Je pense notamment à Cœurs de ferraille. Est-ce que vous allez aussi continuer cette série ?
Oui, on va continuer Les cœurs de ferraille. On va faire un quatrième album. Ce ne sera pas pour 2025 mais pour 2026.



Là, pour 2025, je fais l’adaptation d’un roman contemporain pour une fois. C’est la première fois que je travaille avec un auteur qui n’est pas décédé mais est encore vivant avec lequel j’ai un très bon rapport du point de vue créatif. Il s’agit de Son odeur après la pluie. C’est une histoire écrite par Cédric Sapin-Defour qui raconte la relation très étroite d’amour fraternel entre un homme et son chien. Ça sortira en mai de l’année prochaine.


Chez Dargaud également ?
Ce sera chez Le Lombard. Il y a encore un autre projet. J’en suis à la moitié ou presque. J’avais sorti l’an dernier un album La course du siècle avec Kid Toussaint au scénario qui racontait la course de marathon de 1904 à Saint-Louis. Dans cette mécanique des histoires à la fois drôles et véridiques, on va raconter Le concert du siècle : le concert de Woodstock en 1969 qui était un peu le paradis des hippies.
Eh bien merci beaucoup.
C’est moi. Merci beaucoup surtout d’avoir lu attentivement le livre. Moi, ça me surprend toujours. Savoir qu’il y a toujours quelqu’un qui tourne les pages que j’avais faites il y a un an déjà pour les interpréter, pour les lire, pour ne pas les aimer, pour les aimer, pour rire avec, pour fantasmer avec … Pour moi, c’est le plus grand cadeau que je puisse avoir en tant qu’auteur.
Interview de Francine VANHEE


