ROCKBOOK


Rockbook

Rockbook
Scénario : Riff Reb’s
Dessin : Riff Reb’s
Éditeur : Oxymore
Collection Métamorphose
168 pages
Prix : 34,65 €
Parution :  15 novembre 2023
ISBN 9782385610197

Ce qu’en dit l’éditeur

PLONGEZ, À TRAVERS CET INCOMPARABLE « ROCKBOOK », DANS LES ARCHIVES JUSQU’ALORS INÉDITES DE RIFF REB’S.

L’éventail artistique présenté dans ce livre est tiré de la multitude de dessins sur le thème du rock’n roll que Riff Reb’s a réalisés pendant une trentaine d’années. Ces illustrations ne représentent pas nécessairement ses groupes favoris (encore que…) mais témoignent des opportunités qui, tout au long de sa carrière, lui ont permis d’illustrer la bande-son de sa vie. Cela en fait une sorte de répertoire des différents styles et techniques utilisés à travers le temps. Riff Reb’s a eu le plaisir d’inviter quelques personnalités, avec qui il partage le goût de la contre-culture, à écrire un texte : Antoine de Caunes, Jim Dickson, Pierre Mikaïloff, Iggy Pop, ou encore Stéphane Saunier.

Si labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France, c’est à celles de la bande dessinée et du rock que s’abreuve le dessinateur havrais Dominique Duprez, alias Riff Reb’s. Si on connaît bien le dessinateur de bd, on connaît moins l’illustrateur de la sphère rock. Rockbook paru aux éditions Oxymore va pallier à ce manque puisque ce magnifique artbook de 168 pages regroupe plus de 30 ans d’archives dont de nombreux inédits : affiches de concerts, de festivals, pochettes de disques, illustrations pour des livres et magazines … Une bien belle façon d’« illustrer la bande son de sa vie » ! Do it yourself !

Un enfant de la bulle

Il passe sa jeunesse au Havre avant de monter à Paris et intégrer l’École des Arts Décoratifs. En 1985, il est le cofondateur de l’atelier Asylüm, lieu de création où vont œuvrer des artistes au graphisme novateur et à l’humour provocateur biberonnés à la pop culture.

C’est par la suite qu’il se fera connaître du grand public à travers ses adaptations littéraires parues dans la collection Noctambule des éditions Soleil : sa trilogie maritime (À Bord de l’étoile Matutine, Le Loup des mers et Hommes à la mer) ainsi que Le vagabond des étoiles de Jack London. Sans oublier son admirable travail d’illustration du cultissime roman de R.L. Stevenson L’île au trésor paru en 2022 aux éditions Daniel Maghen.

d’après Mac Orlan

2009

d’après Jack London

2012

8 nouvelles

2014

Dès ses débuts, il va troquer son patronyme quelque peu trop sage contre celui de Riff Reb’s beaucoup plus en adéquation avec sa nature rebelle, lui qui a fait son miel de la contre-culture en réunissant en un seul pseudo son amour du rock (Riff) et de la bande dessinée (Reb’s : les Sudistes rebelles dans Blueberry).

Mais pourquoi diable est-il allé se représenter en cochon, un pinceau entre les dents, un crayon à la main ?

Autoportrait en cochon

Un enfant du rock

« Au Havre à dix-sept ans, les yeux exorbités, les oreilles agressées par le son, planté devant un concert de Little Bob Story et quelques semaines plus tard devant un concert des Dogs, j’ai su que j’étais à la bonne place au bon moment.« 

Eh oui, c’était la bonne place au bon moment. Fin des années 70, début des années 80, Le Havre était un des bastions du rock en France avec en figure de proue Little Bob Story. En 1982, le rock havrais a été l’objet d’un reportage du cultissime Les enfants du rock. En 2016, le documentaire de Jean-Marie Châterlier Le Havre cité rock, never cry about the past reviendra sur cette aventure.

Après cette déflagration, entre deux BD et deux pogos, il n’a cessé de répondre présent aux sollicitations de ses potos musiciens et autres, réalisant de nombreuses affiches, pochettes de disques, illustrations de livres sur le rock. C’étaient souvent des collaborations amicales. Ce n’est pas en illustrant la musique qu’il a fait bouillir la marmite.

Ce sont ces illustrations témoignant des différents styles et techniques utilisées durant une trentaine d’années que peu de gens connaissent qu’il a eu envie de partager en les regroupant dans un livre dont l’illustration de couverture bourrée d’énergie syncrétise parfaitement ses deux passions à travers cette reprise de la couverture d’un livre réalisée pour les vingt ans du festival international du disque et de la bande dessinée de Perpignan avec ce pirate à la guitare et ce mouvement de vagues de têtes de mort qui rappelle À Bord de l’Étoile Matutine, son premier album d’adaptation littéraire.

Naissance du projet

La couv

Un album somptueux aux allures de vinyle

Alors à l’instar du Fuzz book de Mezzo qui regroupait également son travail d’illustrateur (affiches, pochettes d’albums, sérigraphies, couvertures de magazines …) ou encore de son magnifique Kiss the sky, Rockbook bénéficie d’un format quasi carré légèrement inférieur au format 33 tours.

Si les sillons du disque en vernis sélectif sont en partie cachés par l’illustration, ils prennent toute leur ampleur sur la quatrième de couverture …

Venant parfaire l’analogie avec l’objet disque, on trouve en fin d’album une pochette dans laquelle en place du disque, sont glissés les trois goodies stipulés sur la couverture : 15 stickers, un ex-libris et pliée en quatre, l’affiche reproduisant la couverture.

Un look de vinyle

Pour aller jusqu’au bout du concept, l’album n’est pas divisé en 7 chapitres mais en 7 tracks. En fin d’album outre la biographie de Riff, la bibliographie – 3 pages tout de même, c’est dire si le dessinateur est prolifique – on trouvera une « tablature » des matières.

Cette tablature référençant piste par piste et page par page les illustrations en indiquant le support, le groupe ou festival concerné, l’année de réalisation … est un précieux outil car précisons-le une fois passé le texte introductif de chaque chapitre, vous ne trouverez plus le moindre mot. Les illustrations, rien que les illustrations : illustrations pleine page, sur double page à fond perdu, en couleur, en noir et blanc, sur fond blanc, sur fond noir … C’est plus de 150 œuvres pour 158 pages, un véritable plaisir pour les yeux !

Une structure cohérente

« Dans ce livre-là, on trouve énormément d’images faites pour supporter la scène locale, les copains, la vraie vie enfin du rock. »

Ces illustrations, il fallait les organiser afin de donner une certaine cohérence à l’ensemble. Pas question de suivre l’ordre chronologique ! Le chapitre 1 rassemble les illustrations réalisées pour des livres, magazines et autres, le chapitre 2 les affiches de concerts, le chapitre 3 le porfolio des fausses couvertures de comics, le chapitre 4 les pochettes de disques, le chapitre 5 les illustrations pour les portes du CEM, le Centre d’Expression Musicale du Havre, le chapitre 6 les affiches pour les DJ battles du off du FID mix (Festival International du Disque et de la Bande Dessinée de Perpignan) et enfin le chapitre 7 les représentations de stars du rock.

La structure

Affiche pour un concert de soutien suite au massare du Bataclan (2015) et affiche pour le groupe Asphalt Touaregs (Le Havre, 2010)

Une belle occasion de mettre à l’honneur la scène locale, de redonner vie à des affiches au caractère éphémère qui ne vivent que l’espace d’un concert, de nous faire découvrir des projets avortés ou refusés telles les pochettes de disque pour les François Premiers ou le groupe suédois Dollhouse dont, le groupe s’étant séparé en cours d’enregistrement, une pochette sur la série initialement prévue seulement a été réalisée.

Un chapitre entier (le troisième) est consacré aux illustrations de fausses couvertures de comics. Tout est parti d’une commande du festival d’Amiens : un tirage spécial illustrant le groupe MC5 que le dessinateur réalisa en reprenant l’esthétique des couvertures de Comics. Séduites par la proposition, les éditions Anagraphis lui ont proposé d’en créer onze autres en vue de la réalisation d’un coffret de 12. Outre les 12 sérigraphies du coffret, on trouvera dans l’album quatre inédits.

Le coffret de 12 sérigraphies

Illustrations en noir en blanc des fausses couvertures

Si Riff Reb’s a signé l’introduction du premier chapitre, pour les six autres, il a fait appel à des figures emblématiques du rock : Little Bob, Iggy Pop, excusez du peu, et Jim Dickson bassiste australien également fan de BD côté musiciens mais aussi Stéphane Saunier, créateur de Sonic records, directeur des programmes musicaux de Canal+ de 2004 à 2019, Pierre Mikaïloff, ex-guitariste des Désaxés, auteur entre autres de biographies musicales et d’un Dictionnaire raisonné du punk (Scali, 2007) tombé dans la marmite du rock avec la découverte de Fun House des Stooges. et l’enfant du rock Antoine de Caunes.

Petit intermède savoureux : Iggy Pop et « l’autoportrait en Robespierre »

Autoportrait en Robespierre

La patate !

« C’est l’une des qualités de notre riffeur que cette façon de traduire l’esprit d’une musique en images »

Une question n’a pas fini de faire débat : Comment exprimer la musique à travers le dessin ?

S’il y avait un seul mot pour caractériser ce qui se dégage de ce rockbook, ce serait l’énergie. La patate quoi ! L’énergie chez Riff Reb’s, c’est à la fois l’énergie de la musique qu’il écoute et l’énergie du trait telle qu’on peut la trouver également chez Franquin ou Will Eisner.

La patate !

La musique quelle qu’elle soit est impalpable. Une image n’a pas de son ! C’est donc une gageure. Il faut trouver une certaine distance et plus ou moins d’onirisme pour être davantage dans l’évocation que dans l’illustration directe.

Et cela ne va pas être simple lors de la réalisation de pochettes de disques car il lui faut composer avec les musiciens et trouver la bonne longueur d’onde en surfant entre leurs envies et sa propre vision.

Difficultés

Rock around Le Havre : l’aventure du CEM

Aujourd’hui, le CEM (Centre d’Expressions Musicales), pôle dédié aux musiques actuelles et plus précisément au rock et ses multiples dérivés, est doté d’une école, d’un centre de formation professionnelle, de studios de répétition, d’une salle de concerts, d’un bar et de différents espaces de convivialité.

L’association née dans les années 80 du désir de jeunes rockeurs de pouvoir répéter dans de bonnes conditions n’a cessé d’évoluer. En 2018, lors du déménagement et la création du nouveau CEM au Fort de Tourneville. La première tranche de travaux concernait les 6 studios de répétition. Pour sortir de la banalité de la dénomination des studios 1, 2, 3 ou vert, bleu, rouge … il a été décidé de leur donner des noms de studios d’enregistrement et de labels d’origine de la soul, du rock etc… et c’est bien évidemment à Riff Reb’s qu’on a fait appel, pour réaliser ces illustrations qui ont par la suite été imprimées sur des adhésifs au format d’une porte.

Un an après, on lui passait commande pour 20 autres portes. Il lui a fallu élargir : Aux premiers studios enregistrement sont venus s’ajouter les grands lieux mythiques du rock ainsi que les grands mouvement musicaux du blues au hip-hop et l’électro.

Une belle expo permanente !

La porte du Studio Rak à l’effigie de Suzi Quatro
© Roger Legrand

Le CEM

On retrouve ces illustrations réalisées entre 2014 et 2018 dans le chapitre 5 avec une alternance de one, two, three, four images sur une double page et de reproductions d’une image XXL à fond perdu sur double page pour lesquelles, il nous faudra faire pivoter le livre.

On avait commencé en musique avec Little Bob Story, on termine petit plaisir personnel avec The Clash.

Dédicace à La Parenthèse
POUR ALLER PLUS LOIN

L’ITW de Riff Rebs au Cabaret vert


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