L’ENFER SELON POPPY


L’enfer selon Poppy

L’enfer selon Poppy
Scénario : Poppy, Ryan Caddy
Dessin : Zoe Thorogood, Amilcar Pinna
Traduction : Benou
Éditeur : Blueman
152 pages
Prix : 20,00 €
Parution : 10 avril 2025
ISBN 9782940785315

Ce qu’en dit l’éditeur

Entre deux mondes qui s’efforcent chacun de traumatiser ceux qui ne se doutent de rien, Poppy se retrouve dans des paysages infernaux au sens propre comme au sens figuré. Elle doit trouver le juste milieu entre faire ce qu’il faut pour gagner sa liberté et rester fidèle à sa propre identité et à ses convictions, tout en essayant de déjouer les démons qui l’entourent à chaque étape du chemin.

Le phénomène Poppy naît sur YouTube en 2014. Ses vidéos  et sa rengaine « I’m Poppy » deviennent instantanément virales. En bon produit de l’industrie musicale 2.0, pop star impénétrable parée d’une aura de mystère, la musique n’est qu’une facette de son identité publique et ses fans lui vouent un quasi-culte. Elle approfondit son univers avec cette série de BD qui mettent en scène son personnage de chanteuse.

Co-dessiné par la star montante de la BD mondiale Zoe Thorogood, cette histoire mêle fiction et accents autobiographiques dans une sarabande infernale qui nous entraîne sur les pas d’une Poppy qui déploie toute sa puissance.

L’enfer, c’est les autres. L’enfer selon Poppy c’est celui de la culture pop et l’industrie du disque quand on a affaire à un producteur manipulateur et toxique. Ce comics bicéphale et quadrumane dont la version française est parue en avril dernier chez Blueman, jeune maison d’édition suisse a été co-scénarisé par Poppy et Ryan Cady, co-dessiné par Zoe Thorogoud et Amilcar Pinna et publié en 2020 sous le titre Poppy’s Inferno aux éditions Z2 Comics. Ce récit d’inspiration autobiographique nous promène entre deux mondes : l’enfer où Poppy essaie de comprendre qui elle était et le monde réel où elle revient sur son propre parcours artistique et son émancipation. She disagrees !

Poppy 2.0

« Le pitch de l’album, il est assez simple. On va suivre le parcours croisé entre deux versions de la même personne donc Poppy. C’est une chanteuse en marge de signer un gros contrat avec un label et en parallèle on la suit dans le futur alors qu’elle est coincée en enfer et qu’elle essaie de s’en échapper.« 

Dans la préface, le traducteur Benou, fan de Poppy, nous explique en quoi il lui tenait à cœur de traduire cet album-là et la résonance particulière qu’avait pour lui le titre I disagree, étendard de l’émancipation et de la métamorphose de Poppy d’artiste qu’on a tenté de formater en artiste indépendante. Dans la postface, il retrace sa carrière, ses rapports vénéneux avec le producteur Corey Mixter alias Titanic Sinclair et la libération de son emprise qui sont au cœur même des propos du comics.

Suivront les références littéraires fort à propos au Paradis perdu de Milton et la Divine comédie de Dante ainsi que les références à l’œuvre même de Poppy comme par exemple la mise en scène de Bloodmoney, titre qui lui valut en 2021 d’être la première femme à être nommée dans la catégorie « Meilleure prestation metal » des Grammy Awards en 2021.

I’m Poppy

Mais qui est Poppy ? Poppy, Moriah Rose Pereira de son vrai nom est née à Boston en 1995 et sur Youtube en 2014. Figure de la pop élevée au rang d’idole par toute une communauté d’internautes notamment grâce à ses vidéos quelque peu étranges voire dérangeantes, cette artiste caméléon va s’affranchir de l’emprise du sulfureux Titanic Sinclair afin de (re)trouver son identité musicale de metalleuse loin de l’image pop sirupeuse dans laquelle il voulait l’enfermer.

Qui est Poppy?

Tout va de pair

Deux scénaristes, deux dessinateurices, deux univers, deux temporalités et deux Poppy.

Établissant un parallèle entre les deux mondes, la dualité parcourt tout l’album : la vie/la mort, la Terre/l’enfer, l’impresario/le diablotin, le fan club/les âmes perdues, la pop/le metal. Chaque cercle de l’enfer, chaque démon combattu entre en résonance avec le parcours de Poppy.… Cette dualité est présente dès la couverture.

Celle de la version originale évoque par son fond rose la Poppy pop alors que sa tenue se réfère à la Poppy gothique. Si la couverture de l’édition française reprend elle l’esthétisme de la Poppy « I disagree », son visage scindé en deux évoque les deux mondes.

Pochette I Disagree

Quant au titre en vernis sélectif il fait référence par sa typo à la fois aux univers gothique et metal de la chanteuse. Petit bémol, on peut reprocher au titre son manque de lisibilité ce qui toutefois était déjà le cas dans la version américaine. Dualité dans le dessin aussi avec une dessinatrice pour un monde, un dessinateur pour l’autre.

L’enfer selon Zoe

Un des intérêts de cet album c’est de découvrir la Zoe Thorogood des débuts. Si Amilcar Pinna a signé les scènes se déroulant sur Terre, ce n’est pas au centre de la Terre, mais en enfer que Zoe Thorogood nous mène. Dès les premières pages on est happé par sa narration graphique immersive même si celle-ci est moins inventive et maîtrisée que dans It’s lonely at the center of the Earth où son incroyable talent va exploser. Mais c’était une œuvre de commande et là, elle n’était pas seule aux manettes. La prestation d’Amilcar Pinna plus classique souffre de la comparaison notamment dans la représentation des personnages.

Une satire de l’industrie musicale

Ce récit, c’est également une critique de l’industrie discographique ayant pour seule ligne de mire le profit n’hésitant pas à faire pression sur de jeunes artistes en les modelant, les mettant en concurrence, les jetant comme des kleenex pour les remplacer par d’autres plus rentables.

Mackenzie Mire n’est autre que le double de papier de Brittany Alexandria Sheets alias Mars Argo le « prototype » de Poppy dans la vraie vie qui poursuivit en justice Poppy et Titanic Sainclair en 2018 pour vol de propriété intellectuelle.

Cette même Poppy deux ans après se séparera de Titanic Sainclair, l’accusant elle-aussi de manipulation. Toutefois, plus qu’un règlement de compte, ce récit cathartique témoigne d’une reconquête de soi et d’une émancipation artistique.

Une satire du milieu musical

Lost in translation ?

Lors des chroniques BD, on parle scénario, graphisme, couleur, plus rarement voire jamais de traduction. Une fois n’est pas coutume, nous avons pu recueillir les propos de Benou le traducteur de Poppy’s inferno qui nous a fait part des éventuelles difficultés quand on passe de l’anglais ou plus précisément de l’américain au français. Il y a bien sûr tout le travail sur les expressions mais aussi la question du vouvoiement et du tutoiement ainsi que les différences d’accentuation des phrases dans les deux langues provoquant une variation quant aux mots à retranscrire en majuscules.

De l’américain au français

Ce portrait atypique d’artiste femme luttant contre la manipulation, le contrôle de l’image, la déshumanisation afin de reconquérir son indépendance et son identité musicale et qui telle le phœnix renaîtra de ses cendres est une belle découverte.

POUR ALLER PLUS LOIN

L’ITW de Benou


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