Franquin et moi

Entretiens autour de « Et Franquin créa la gaffe«
Auteurs : Numa Sadoul, Christelle Pissavy-Yvernault
d’après Franquin
Éditeur : Glénat
Collection Les cahiers de la bande dessinée
272 pages
Prix : 32,50 €
Parution : 2 octobre 2024
ISBN 9782344065501
Ce qu’en dit l’éditeur
Entretien avec un témoin du siècle.
Né avec l’avènement de la bande dessinée franco-belge, Numa Sadoul en a été un lecteur passionné avant même qu’elle entre dans son âge d’or ! Acteur et observateur majeur de l’explosion culturelle de la bande dessinée dans les années 1970, il en est aujourd’hui un témoin de premier plan. La position de critique et d’essayiste de l’auteur de Tintin et moi, entretiens avec Hergé, le place d’emblée en marge de l’histoire, tout autant que ses amitiés sincères avec Gotlib, Moebius, Forest et tant d’autres, sur lesquelles il revient généreusement à travers Franquin et moi. En lui donnant la parole, Christelle Pissavy-Yvernault entre d’un pas décidé dans les coulisses de la bande dessinée en même temps que dans le making of de Et Franquin créa la gaffe, LE livre de référence qu’il a réalisé avec Franquin. Cet ouvrage, enrichi par une importante iconographie, dans lequel Numa se livre est un précieux témoignage, passionné, sincère et érudit pour quiconque s’intéresse à Franquin, mais aussi à l’histoire de la bande dessinée.
Franquin et moi – premier titre qui conjointement avec Frank Pé Dessine ! Et tu connaîtras l’univers des Dieux ouvre la nouvelle collection Glénat les cahiers de la bande dessinée – regroupe les entretiens que Christelle Pissavy-Yvernault, initiatrice et directrice de ladite collection a eu avec le critique et essayiste Numa Sadoul. Belle mise en abyme que cet interviewer interviewé nous livrant les liens profonds qu’il avait tissés avec Franquin dans Et Franquin créa la gaffe, ce mythique livre d’entretiens qu’il eut avec le père de Gaston en 1985. Véritable historiographie de la critique de bande dessinée franco-belge, Franquin et moi brosse en creux le portrait de Numa Sadoul, cet homme aux multiples talents tour à tour écrivain, comédien, metteur en scène de théâtre et d’opéra ou critique de bande dessinée et auteur de livres d’entretiens avec les auteurs de l’âge d’or de la bande dessinée franco-belge devenus de véritables références dans le domaine.

Un homme …
Après une jeunesse passée en Afrique, Numa Sadoul arrive en France à l’âge de 19 ans et collaborant à la revue Stroumpf du tout jeune Jacques Glénat qui s’intitulera plus tard Les cahiers de la bande dessinée, il se lance dans le fanzinat, devenant ainsi l’un des premiers critiques français du 9e art. Il a également donné ses lettres de noblesse à la bande dessinée en la faisant pénétrer dès 1971 dans le sacro-saint milieu universitaire par l’intermédiaire de son mémoire de maîtrise intitulé Archétypes et concordance dans la bande dessinée moderne. Ayant eu besoin de documents et témoignages pour sa réalisation, il a contacté Hergé, Franquin, Peyo, Roba … qui tous ont répondu favorablement, ce qui lui a ouvert les portes du monde des auteurs et de la profession. La critique d’un côté, les entretiens de l’autre, la machine était lancée.
Son portrait par Chrisrelle Pissavy-Yvernault
Une femme …
Si Numa Sadoul partage son temps entre la scène et l’écriture, Christelle Pissavy-Yvernaut le fait entre les entretiens d’auteurs et la recherche en histoire de la bande dessinée et l’édition. Elle a réalisé des livres d’entretiens – seule – avec Loisel (Loisel, dans l’ombre de Peter Pan, Vents d’Ouest, 2006) qui réédité en 2024 sera le troisième ouvrage publié dans la collection Les cahiers de la bande dessinée ou en binôme – avec Bertrand Pissavy-Yvernault – avec Le Tendre & Loisel (En quête de l’oiseau du temps, Dargaud, 2004), Arleston & Tarquin (Lanfeust, il était une fois Troy, Soleil, 2009), Lambil (Lambil, une vie avec les Tuniques Bleues, Dupuis, 2020) et Francq (Largo Winch, l’art du dessin de Philippe Francq, Dupuis, 2020). Tous deux se sont penchés sur le patrimoine des éditions Dupuis à travers la publication d’ouvrages de référence : Yvan Delporte, rédacteur en chef (Dupuis, 2009), La véritable histoire de Spirou, 1937-1945 (Dupuis, 2013-2016), Roba, L’art de Boule et Bill (Dargaud, 2019). On leur doit également de nombreuses intégrales enrichies de préfaces très documentées. Elle est la co-autrice avec David Amram de La Véritable histoire des éditions Dupuis, ouvrage paru en 2024 aux éditions Dupuis.
Chabadabada
C’est lors d’une brève rencontre au FIBD 2023 que l’idée de ce livre a germé chez elle du moins où après avoir échangé passionnément autour de Franquin dans un café, elle a lancé sous forme de boutade Ah ! Ça serait drôle qu’on fasse tous les deux un livre sur Franquin ! L’idée a fait son chemin, elle n’a pas lâché l’affaire et c’est comme ça que quelques mois plus tard, elle se retrouve à Cagnes-sur Mer, chez Numa Sadoul pour une série d’entretiens dont le fil rouge allait être la genèse de Et Franquin créa la Gaffe et la relation de son auteur avec Franquin.
La rencontre
Petit-déjeuner chez Numa
Le premier document iconographique n’est autre qu’une photo pleine page d’une table de petit-déjeuner sur laquelle trône une tasse à l’effigie de Tintin et un plateau à l’imprimé provençal. Nous sommes bien dans le sud vraiment pas très loin de la maison varoise de Franquin où l’auteur de Tintin et moi – le premier et unique livre d’entretiens avec Hergé – réalisa la majorité de ses entretiens avec le père de Gaston pour le fameux Et Franquin créa la gaffe.

Le ton est donné. Ce seront des discussions décontractées de deux complices autour des relations qu’avait Numa avec Franquin avant, pendant et après la parution de Et Franquin créa la gaffe, le tout avec de nombreuses digressions.


Mais pourquoi j’ai écrit ça ? C’est n’importe quoi !
Les entretiens se sont déroulés en deux temps : un premier temps fort sur trois jours puis après transcription un second de temps de relecture théâtrale dans la joie et la bonne humeur.
Les entretiens
L’intervieweuse ira même par moments retranscrire des anecdotes comme l’appel téléphonique du plombier ce qui nous les rend tous deux beaucoup plus proches, on a l’impression de partager leur intimité, comme quand au théâtre on fait tomber le quatrième mur.
Une pièce en cinq actes
Et là j’en viens à la forme. La structure même du livre avec ses cinq actes avec préambules et didascalies est une façon de mettre en avant une autre facette de Numa Sadoul : l’homme de théâtre.
La mise en scène

Le livre est donc composé d’un préambule rappelant l’élément déclencheur du projet, sa rencontre avec Numa et de cinq actes où il sera question outre son rôle de dramaturge et comédien de théâtre et de metteur en scène d’opéra de la rencontre du jeune Numa avec Jacques Glénat et ses débuts en tant que critique BD, de sa participation à de nombreux fanzines de ses relations avec les auteurs et éditeurs de l’époque, de Tintin et moi, le livre d’entretiens réalisé avec Hergé en 1975, des projets avortés tels le livre d’entretien avec Pratt ou le livre des Doodles avec Franquin et puis évidemment tout ce qui tourne autour de Franquin et de la genèse et du destin de Et Franquin créa la gaffe avec toutes les péripéties liées à sa réédition…
En fin d’ouvrage, on trouvera un index, un glossaire notamment de toutes les auteurs cités, puis une courte biographie de Numa Sadoul ainsi que ses publications et ses créations et mises en scène au théâtre et à l’opéra et enfin la bibliographie de Christelle Pissavy-Yvernault.
Il faut souligner également le grand soin apporté à l’iconographie qui outre les photos, les reproductions de planches ou de magazines, comprend de nombreux documents notamment des extraits de journaux des lettres qui étant reproduits pleine page offrent une grande lisibilité contrairement à de nombreux ouvrages dans lesquels en raison de leur réduction, les documents deviennent illisibles.
L’iconographie
Un air de famille
Le titre Franquin et moi fait bien sûr référence à Tintin et moi le livre d’entretiens de Numa Sadoul avec Hergé et s’inscrit bien dans la lignée des titres jouant sur les mots de Christelle Pissavy-Yvernault : En quête de l’oiseau du temps; Loisel, dans l’ombre de Peter Pan; Lanfeust, il était une fois Troy; Lambil, une vie avec les Tuniques bleues.
La maquette signée Philippe Poirier le graphiste de Black and White est une déclinaison de celle de la réédition de Et Franquin créa la gaffe : couverture cartonnée, même format, même typographie, structuration du texte en deux colonnes. Toutefois le choix du retrait, de la couleur et de l’italique pour les propos de Christelle apportent une touche finale d’élégance tout en aérant l’ensemble. À noter également l’ajout de citations de Franquin tirées d’autres entretiens qui viennent étayer le propos.


Quant à la jaquette à l’Américaine repliée qui ne couvre pas entièrement le livre et ne laisse apparaître qu’une une bande portant le logo les cahiers de la bande dessinée, elle marque l’identité de la collection.



Transmission intergénérationnelle
Numa Sadoul se définit comme un transmetteur et Christelle Pissavy-Yvernault marche dans ses pas en prenant le relais. Elle n’a pas rencontré personnellement Franquin mais par son érudition, ses recherches, les entretiens qu’elle a menés a une solide connaissance de l’histoire de la bande dessinée franco-belge et de ses auteurs. Aussi les deux interlocuteurs se complètent-ils. À la connaissance intime de l’un va répondre la connaissance théorique de l’autre ce qui amènera parfois Christelle Pissavy-Yvernault à compléter le propos de Numa Sadoul lorsque sa mémoire lui fera défaut en apportant l’information qui lui avait échappé.
La transmission
Dernier acte : la déclaration
Les entretiens terminés, pensant avoir tout dit, ils se rendent au resto et c’est là qu’ils s’aperçoivent qu’ils n’ont pas du tout évoqué son rapport affectif à l’œuvre de Franquin.
De retour à la maison cagnoise, il revient sur sa trajectoire personnelle, son enfance en Afrique et sa découverte très jeune de Tintin et du comte de Champignac, son éducation et puis Franquin et là, plongé dans ses émotions, dans toute l’affection qu’il avait pour lui, il se livre sans retenue dans un grand moment de vérité qui s’avère être une très belle conclusion à cet ouvrage.
L’acte 5
Épilogue

Qui a dit que c’était fini ? Numa Sadoul et Christelle Pissavy-Yvernault sont déjà repartis sur un nouveau projet : publier l’intégralité de ses entretiens et articles parus dans Les cahiers de la bande dessinée. Certains l’avaient déjà été dans Portraits à la plume et au pinceau (Glénat, 1976). Dans la nouvelle édition enrichie qui s’intitulera 22 portraits à la plume et au pinceau, ces portraits parmi lesquels figurent les plus grands auteurs de l’âge d’or de la BD franco- belge seront contextualisés.
Projet en cours
Nous n’avons pas eu dans notre petit art la critique systématique qui a toujours existé en littérature. Une critique sérieuse est intéressante. Si on la craint, on essaie de faire de la qualité.
Franquin , Entretien avec Jean-Luc Cambier, Télémoustique, 10 novembre 1996
Merci Numa Sadoul et Christelle Pissavy-Yvernault pour votre fabuleux travail de transmission dont cet ouvrage passionnant est le digne représentant. Continuez à nous instruire en nous enchantant !
Les extraits sonores sont tirés de l’ITW de Christelle Pissavy-Yvernault réalisée au festival bd BOUM Blois le 24 novembre 2024.

POUR ALLER PLUS LOIN
Sur le site de Glénat
Lien pour feuilleter l’ouvrage :

L’interview de Christelle Pissavy-Yvernault

Chronique « La collection Les cahiers de la bande dessinée«


Chronique Loisel, dans l’ombre de Peter Pan

Chronique Idées noires de Franquin : Une expo, un livre

Chronique de Francine VANHEE





