SLUM KIDS


SLUM KIDS

Slum Kids
Scénario : Petit Rapace
Dessin : Petit Rapace
Éditeur : Rue de Sèvres
Label 619
104 pages
Prix :15,90
Parution :  30 aout 2023
ISBN 9782810203925

Ce qu’en dit l’éditeur

Dans un monde où l’environnement est une décharge à ciel ouvert et l’horizon n’est que détritus à perte de vue, chacun survit en choisissant ou non de laisser libre court à ses plus bas instincts. Au cœur de la violence, de la drogue et de la corruption en tout genre, les enfants sont livrés à eux-mêmes et doivent survivre par tous les moyens, même les plus brutaux. Eingyi, Bambi et Lombric, gamins désœuvrés comme tant d’autres, font les frais chaque jour de cet univers à la dérive, tout en rendant les coups. Le plus faible de la bande, de plus en plus pris injustement à parti par les bandes rivales, attirera autour de lui une escalade de violence et de vengeance qui amènera nos jeunes héros vers des péripéties les dépassant, et les forçant à remettre à plus tard leur rêve d’une vie meilleure.

Parfois, il faut savoir sortir de sa zone de confort. Cela permet de faire de belles découvertes. La dernière en date ? Slum Kids de Petit Rapace qui vient de paraitre aux éditions Rue de Sèvres. Vu le propos, une petite bande de gamins qui luttent pour survivre dans une décharge où règnent en maitre drogue et ultraviolence, c’est naturellement dans le nid du Label 619 qu’a éclos cette pépite.

Back to dark

L’univers de Slum Kids, comme le titre l’indique, c’est une décharge à ciel ouvert. Où ? On n’en sait rien. Quand  ? On ne le sait pas non plus. Un univers ultra-violent gangrené par la drogue où il n’est pas question de vie mais de survie pour Bambi, Eingyi et Lombric, « Les Microbes », un groupe de gamins livrés à eux-mêmes. Bambi et Eingyi ont pris sous leur aile Lombric, le plus jeune, le plus chétif, le plus cabossé, qui détonne avec son sac à dos Kermit. Alors, il est le souffre-douleur des autres gamins dès que Bambi et Eingyi ont le dos tourné.

C’est le système D, la débrouille Affrontements avec d’autres groupes de gamins, avec les adultes aussi. Leur erreur ? Avoir braqué deux camés, enclenchant ainsi une spirale de violence inouïe dont, selon la formule galvaudée, aucun ne sortira indemne.

Slum Kids, one, two, three

Si c’est sa toute première histoire longue en bd, ce n’est toutefois pas la première mais la troisième incursion dans l‘univers de Slum Kids de Simon Thuillier, jeune auteur nantais plus connu sous le nom de Petit Rapace qui, à peine un an après sa sortie d’une école d’art nantaise a intégré la pépinière de talents du Label 619.

La première, c’était sous la forme d’un court-métrage lors de sa dernière année de formation de dessin animé.

La seconde, c’était sous la forme d’une histoire courte d’une trentaine de pages parue l’an dernier dans le tome 2 de LowReader, anthologie d’histoires courtes de suspense, d’horreur et d’exploitation, créée et dirigée par Run qui signe d’ailleurs en préambule à cette histoire le texte qui la contextualise.

Puis, naîtra le concept de la série Slum Kids.

Dans la première mouture, on croisait déjà Eingyi. Tout comme dans l’album on va croiser deux des personnages principaux de l’histoire courte : Doug et Iggy, le petit gamin aux dreadlocks, livreur de drogue, ce qui fait de l’album une sorte de préquel à l’histoire courte.

Aussi dans le tome 2 de la série, retrouvera-t-on les Microbes, enfin peut-être pas tous, mais en tant que personnages secondaires. C’est l’une des constantes de la série, les autres étant le lieu : la décharge, les personnages principaux : des enfants et puis toujours ce basculement dans le fantastique horrifique.

Petit rapace fait son cinéma

La narration est visuelle, extrêmement immersive : le terme de narration graphique prend ici tout son sens.

L’influence cinématographique est annoncée dès le début de l’album par un patchwork de photos de ses références telle La cité de Dieu, sa source d’inspiration principale.

On la retrouvera également dans la mise en scène extrêmement dynamique notamment dans les scènes d’action et de combats ainsi que dans la fameuse scène où Eingyi sort de l’ombre.

Le décor n’est pas en reste. La décharge est un personnage à part entière et contribue grandement à installer une ambiance délétère. Ça fourmille de détails depuis les détritus qui traînent un peu partout jusqu’aux graffs qui donnent chair à cet univers sordide que viendra contrebalancer la couleur, établissant ainsi un contraste entre le graphisme et le côté glauque de l’histoire tout comme dans le Metropolis de Rintarō, autre référence de l’auteur.

Arrêt sur personnages

Si l’on excepte les deux affreux, sales et méchants avides de vengeance, tout tourne autour des enfants : les Microbes accompagnés par Bone, le chien qui va amener un peu de douceur et poésie dans ce monde de brutes mais aussi Stigma, le meneur d’une bande rivale qui n’a rien à envier à Eingyi dans le registre violence et jusqu’au-boutisme.

Pour autant, ils sont extrêmement attachants (certains peut-être plus que d’autres) car tous ont leurs failles et n’en restent pas moins des gosses.

« De quoi ? Un gosse ? J’fume, je sniffe, j’ai tué et braqué aussi, j’suis un homme ! »

Cette phrase tirée de La Cité de la peur, Eingyi la brandit, tout comme sa batte cloutée, telle un étendard. Et c’est vrai qu’il est l’archétype même du petit teigneux, du gamin qui a grandi trop vite dans un monde sans pitié, s’est endurci, sa violence n’ayant aucune limite.

« Il y a beaucoup trop de violence, c’est pour ça qu’il faut lutter contre, en commençant soi-même, par ne pas se battre tout le temps, pour rien. Surtout contre les autres enfants. C’est pas une histoire de gagner ou de perdre, d’être fort ou pas. C’est pour qu’un jour, on puisse imaginer aller et venir dans la décharge sans risquer nos vies. »

Bambi, un peu plus âgée tient le rôle de la grande sœur, tente de le modérer, arguant que la violence n’est pas une solution, ce qui ne l’empêchera pas de jouer du couteau pour se défendre et ce de façon extrême. Quant à Lombric, leur protégé, il n’a survécu jusque là que grâce à leur protection à tous deux. Les trois copains sont liés à la vie, à la mort non seulement par leur tatouage mais surtout par une amitié indéfectible qui les fait espérer qu’un jour peut-être, ils pourront aller vers un monde meilleur ailleurs. Et cette relation qui, d’un côté, amène une bouffée d’oxygène et un peu de lumière dans cet univers désespéré mais de l’autre, rend si poignant leur tragique destin .

Leur chara-design est l’incarnation même de leur caractère.

Darkness on the edge of slum : paint it, red !

La violence est là dès la première planche sous une forme qu’on pourrait qualifier d’ordinaire dans cet univers pervers où après une séance de baston on panse ses plaies.

En revanche, quand tout bascule, on va assister à un déferlement de violence qui va atteindre son paroxysme dans la partie fantastique horrifique, des scènes qui seraient totalement insoutenables si elles étaient traitées de façon réaliste.

Là encore, Petit rapace fait preuve d’une gestion magistrale de la couleur avec des aplats de rouge qui envahissent l’espace, éclatent et nous explosent au visage, l’effet étant décuplé par la tension extrême que l’on peut lire sur les visages hyper expressifs des protagonistes exprimant haine, colère, peur ou douleur. Dans l’épisode fantastique, au rouge viendra se mêler sa complémentaire, le vert.

Mais la violence n’est pas gratuite car sous cette violence pointe une émouvante humanité, celle des gamins. Après la tempête, le calme juste troublé par des pleurs de gamins conscients que quelque chose s’est brisé à tout jamais mais déterminés à affronter l’avenir et les fantômes du passé.

Redroom dans le Dark Web

En attendant la sortie du tome 2 de Slum Kids prévue pour la fin de l’an prochain, on pourra toujours patienter avec le numéro 3 de Lowreader qui lui paraitra le 25 de ce mois.

On y retrouve Petit Rapace en qualité de dessinateur avec Run au scénario pour Redroom, une histoire courte au titre ô combien évocateur. Le pitch ? « À l’ère de l’accès illimité à internet, il est bien trop facile d’en atteindre les bas-fonds. Deux étudiants joueurs vont s’aventurer dans les méandres du dark-web, pour le pire. »

Tout un programme …

Alors bien sûr, Slum Kids n’est pas à mettre entre toutes mains. Ce n’est certes pas une bd pour les enfants comme la couv pourrait le faire penser. Plutôt ciblé young adult, ils n’en touche pas moins un public plus large – j’en suis la preuve – et se lit aisément de 17 à 77 ans. Graphiquement parlant, c’est époustouflant. Si le vilain petit canard d’Andersen s’est transformé en cygne majestueux, je vois bien pour ma part en Petit Rapace un aigle royal en devenir.

POUR ALLER PLUS LOIN

Chronique de Francine VANHEE

GENRES

< Série

< Fantastique

< horreur


4 réponses à “SLUM KIDS”

    • Surtout pas pour des enfants! Ultra-violent et trop gore! Comme je le dis dans ma conclusion, le public ciblé est le public jeune adulte qui aime les univers ultra-violents et le genre horrifique. En revanche, sous cette violence, se cache l’humanité de ces enfants aux multiples failles, ce qui les rend particulièrement attachants et peut ainsi toucher un public plus large (dont moi).

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  1. Perso c’est un super mec et ces dessins sont vraiment trop top!! Je le suis depuis le début et il a évolué grave dans ça façon de dessiner, il est pas encore au top level, mais vous verrez nous en reparlerons de #petitrapace. Pour moi c’est une figure montante du label619..
    Continue poto
    Lolofougeres

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