MARATHON


Marathon

Marathon
Scénario : Nicolas Debon
Dessin : Nicolas Debon
Éditeur : Dargaud
120 pages
Prix : 23,00 €
Parution :  25 juin 2021
ISBN 9782205078213

Ce qu’en dit l’éditeur

Amsterdam, 1928. Cette année-là le Français d’origine algérienne Boughéra El Ouafi, simple ouvrier, remporta l’épreuve du marathon et devint champion olympique, affolant tous les pronostics.
Retombé dans l’oubli après cet exploit, il finit pourtant tragiquement sa vie dans la misère, tué par balles dans des circonstances troubles, oublié de l’Histoire » !

Reprise de la chronique radiodiffusée sur RCN 90.7 dans l’émission Le son des bulles ayant pour thème le sport en juin 2021.

J’ai choisi de vous parler de Marathon de Nicolas Debon paru fort à propos le 25 juin de cette année aux éditions Dargaud. Pourquoi ce choix ? Pour trois raisons : la première, c’est un vrai coup de cœur et pourtant, le sport, c’est pas vraiment ma tasse de thé, la seconde, l’auteur est présent au Livre sur la Place et l’album offre un rapport évident avec pays invité de cette année la Grèce et enfin la troisième, Nicolas Debon est lorrain et a étudié aux Beaux-Arts de Nancy.

Que nous dit la quatrième de couverture ?

Amsterdam, août 1928

Sous les ovations de la foule, les favoris du monde entier se pressent au départ de l’épreuve reine des Jeux olympiques : le redoutable marathon. Loin derrière, qui remarquerait ce petit Algérien un peu frêle, mécano à Billancourt, qui porte le maillot français ?

C’est compter sans le vent, la fatigue, les crampes, et 42,195 kilomètres d’une course folle qui vont peut-être créer la surprise …

Alors la surprise évidemment, c’est la victoire du « petit Algérien », l’enfant d’Ouled Djellal dont les spectateurs peinent à se rappeler le nom et qu’avec la condescendance propre au colonialisme de l’époque ne désigneront que par son prénom El Ouafi.

La grande force de cet album réside dans le choix narratif de l’auteur de ne raconter que cet exploit, la course et rien que la course par une mise en scène et en image magistrale. S’il occulte dans son récit le destin tragique du vainqueur, il l’inclut toutefois en fin d’album dans deux pages documentaires.

Le bédéiste commence par planter le décor dans une sorte de prologue. L’album s’ouvre sur le tracé de l’épreuve puis quatre pages ponctuées d’extraits de discours de Pierre de Coubertin alors que l’image se focalise sur l’imposante Marathon Toren et sa flamme olympique, puis les anneaux, la devise, les drapeaux pour s’arrêter enfin sur une vue d’ensemble du stade monumental.

Ayant pénétré dans le stade, nous nous retrouvons ensuite installés dans les tribunes à regarder les préparatifs et attendre fébrilement les athlètes tout en écoutant les commentaires des spectateurs. Les coureurs font enfin leur entrée. Après avoir passé en revue les favoris, les commentateurs s’attardent sur les quatre français.

« Notre meilleur élément, c’est Guillaume Tell : c’est le plus rapide, et il peut tenir les quarante-deux kilomètres. Ah, et puis j’allais oublier… Le dernier, c’est un petit Arabe qui fait sa vie comme manœuvre chez Renault, à Billancourt : El Ouafi qu’on l’appelle. Il donne l’air de sourire tout le temps, il n’est pas encombrant, et vu qu’il restait une place… »

Eh oui, n’oublions pas que nous sommes en 1928 et qu’en ces temps, la France s’étendait de Dunkerque à Tamanrasset. Ce genre de propos reflète bien les mentalités de l’époque. Notons à cette occasion que pour cet album Nicolas Dubon a consulté les archives photographiques et cinématographiques afin d’être au plus près de la réalité tant au niveau de l’image que du texte.

Après cette entrée en matière, ce sera la course et rien que la course, depuis le coup de pistolet du juge-arbitre jusqu’au franchissement de la ligne d’arrivée, dernière case de l’album.

Cette fois-ci c’est le journaliste Louis Mertens installé dans l’autocar dédié à la presse qui raconte.

Variant les points de vue, à ses propos se mêleront parfois ceux d’un entraîneur ou d’un athlète avant que l’auteur nous fasse quitter le côté purement historique pour nous entraîner dans un univers plus poétique en s’adressant directement à El Ouafi lui-même, s’interrogeant sur ses pensées alors que seul il s’envole vers la victoire.

Et que dire de l’illustration si ce n’est, qu’avec ses planches de toute beauté, elle est en adéquation totale avec le propos. La mise en scène cinématographique qui colle aux semelles des athlètes met merveilleusement en valeur la solitude du coureur de fond en alternant pleines pages muettes où le paysage prend toute la place et gaufrier classique de plans rapprochés sur les jambes, les visages marqués par l’effort. Elle est sublimée par un trait charbonneux et une élégante bichromie rouge et bleue, ce rouge de la piste qui va envahir l’espace tout au long du parcours et le bleu qui vient éclairer les différents coureurs avant de se focaliser entièrement sur El Ouafi Boughéra dans les dernières planches. C’est ainsi que le bédéiste parvient à nous captiver pendant pas moins de 85 pages à regarder simplement des hommes courir.

Il faut dire qu’on a ici un expert en la matière. Ce n’est pas la première fois que Nicolas Dubon sort de l’oubli des exploits sportifs hors normes et tire de l’anonymat leur auteur. Il l’avait déjà fait auparavant pour le cyclisme dans Le tour des géants, édition mythique du tour de 1910 où grande première, les coureurs allaient gravir les cols des Pyrénées et pour l’alpinisme en s’intéressant aux exploits de trois pionniers de cette discipline dans L’invention du vide. Enfin si Nicolas Debon nous décrit si bien les souffrances endurées lors d’un marathon, c’est parce qu’il connaît bien le sujet : lui même en a couru cinq.

POUR ALLER PLUS LOIN

Cette histoire relate l’incroyable épopée vécue par des hommes durant le Tour de France en 1910, étape par étape. L’auteur s’attarde sur les personnages dont les coureurs Faber et Garrigou. Une vision plus humaine que sportive avec de réels moments d’émotion servis par un graphisme somptueux, d’une grande élégance, par un auteur issu du monde de l’illustration. Une révélation !

Avec L’Invention du vide, Debon signe une histoire complète qui, entre fiction et réalité, met en scène les débuts de l’alpinisme.

L’Invention du vide, c’est ce défi vain et pourtant magnifique lancé au vide par ces hommes qui, de tout temps, ont rêvé de gravir les plus hautes montagnes. Il faut dire que la montagne a ce don de rendre belles les tentatives des hommes à vouloir aller toujours plus haut. Parfois, elle ose se refuser à leur vanité, se faisant douleur et souffrance. Les Alpes ont ainsi été le théâtre régulier des assauts de ces hommes, au point d’être à l’origine du mot « alpinisme » ! Durant les années 1880, ces conquêtes furent l’objet d’une formidable compétition symbolisée par les aiguilles de Chamonix. S’inspirant des écrits d’Albert Frederick Mummery (1855-1895), Nicolas Debon raconte avec brio ces exploits inutiles et beaux à la fois. À la manière du Tour des géants, qui mettait en scène les cyclistes au début du siècle dernier, il raconte, de façon documentée et profondément humaine, cette épopée. À la fois grave et savoureux, cet ouvrage – qui reste d’abord une fiction – est aussi un sublime hommage à la montagne.

L’Invention du vide est une aventure documentaire, mais aussi une bande dessinée servie par un graphisme original avec des couleurs directes parfaitement appropriées aux décors majestueux.

Ce projet est né de la rencontre entre la passion pour la nature qu’aime parcourir l’auteur en toute saisons et la peinture, dont les œuvres du peintre japonais Hokusaï. 

Nicolas Debon, à l’image de l’observation de la nature par les artistes japonais, s’est installé dans une région montagneuse de l’est de la France et a parcouru ces paysages changeants de montagnes et de forêts, au fil des saisons. 

Au fur et à mesure des pages, Nicolas Debon prend le temps (luxe suprême de notre époque moderne !) d’observer son environnement et de réfléchir sur sa propre existence. Un livre qui se lit et contemple à fois.


Laisser un commentaire