Interview Alfred : La Solidité du Rêve
au Livre sur la Place, Nancy
18 septembre 2025


Alfred, bonjour. Je suis ravie de vous rencontrer à la librairie La Parenthèse à l’occasion du Livre sur La Place afin d’échanger autour de La solidité du rêve, cet ODMI (Objet Dessiné Musical Identifié) co-réalisé avec Arthur H paru en mai dernier aux éditions Casterman.
Alors avant d’entrer dans le vif du sujet, pouvez-vous nous éclairer sur ce titre énigmatique voire oxymorique ?
C’est une formule qu’a eu Arthur à un moment pour essayer d’imager ou d’expliquer le fait que le rêve peut être une chose tangible, une chose extrêmement solide, extrêmement concrète. Je joue d’ailleurs carrément avec ça à un moment dans le livre : les personnages s’accrochent à ce qui semble être une matière de rêve pour escalader ce qui semble être une situation inextricable et pour se sortir de cette situation, ils vont gravir le rêve lui-même. Donc c’était cette idée-là, de jouer avec l’idée que le rêve était quelque chose extrêmement concret autour de nous.
Lors du FIBD 2023, j’ai pu admirer dans l’expo Rock, Pop, Wizz des pages du carnet « Le journal de bord d’Alfred à l’Hyper Weekend Festival » qui s’est tenu à Paris du 20 au 22 janvier 2023. Parmi ces dessins, des portraits d’Arthur H. C’est là que vous vous êtes rencontrés. De cette rencontre de janvier 2023 à l’album et au concert dessiné de 2025, dites-nous tout.
Y a-t-il des dessins que l’on retrouve dans l’album ?


C’est effectivement quand l’Hyper Weekend Festival de Radio France m’a proposé de venir dessiner en live les artistes qui se produisaient. Donc il y avait Philippe Catherine, il y avait Zaho de Sagazan, il y avait Arthur, il y avait toute une pléiade d’artistes. C’est à cette occasion qu’Arthur a vu les dessins, qu’il les a appréciés, qu’il m’a dit :WÇa ne te dirait pas de venir faire ça sur la tournée que je démarre dans quelques semaines ?
Donc je les ai rejoints, j’ai rejoint toute l’équipe avec grand plaisir. Et pendant une dizaine de concerts, je les ai suivis comme ça pour faire des dessins dans les carnets, une sorte de témoignage un peu dessiné, affectif de ce qui se passait dans les coulisses, sur scène, un peu partout et aller prendre des notes comme un carnet de route dessiné.
Et puis une fois que tout ça a été fait, on s’est quand même rendu compte qu’on avait plaisir à se voir et à discuter. On s’est demandé ce qu’on pourrait bien faire pour prolonger le plaisir, d’avoir une bonne raison de faire des choses ensemble. Et l’idée de faire un livre, puis après le livre, de faire des concerts dessinés autour de ce livre-là, s’est très vite présentée à nous.
Donc on s’est raconté des histoires et puis on s’est laissé porter par les histoires en tout cas qui se présentaient à nous et par le plaisir qu’on avait surtout de se voir. Faire ce livre, c’était une bonne raison de prolonger notre amitié.

Alors, que vous apporte justement la pratique de dessin sur le vif, lors de concerts et de concerts dessinés ? Et d’autre part, quelle est votre conception de la représentation de la musique graphiquement parlant ?
Déjà pour expliquer éventuellement aux gens qui n’auraient jamais vu ça, cette formule-là, le concert dessiné, c’est vraiment une manière pour moi très différente de dessiner que celle qui est ma pratique quotidienne dans mon atelier. C’est-à-dire que je dessine au quotidien tout seul, sans personne au-dessus de mon épaule, à mon rythme, en musique. Je mets toujours de la musique, mais en tout cas je dessine à mon rythme et au calme. Le concert dessiné, c’est dessiner en live avec les musiciens, devant 500, 600, 700, 800 personnes.
Donc j’ai évidemment pas du tout la même pratique. Moi, c’est une énergie particulière que d’être en live. Pour répondre à la deuxième partie de votre question, c’est essayer de capter du son par du trait. Moi, ce qui m’intéresse dans la pratique de dessiner en live, c’est comment je transforme des vibrations musicales, des émotions, des sensations. Une chanson, ça dure 5, 6 minutes. Donc il faut très vite capter quelque chose, une émotion, une intention, des vibrations, encore une fois, et les traduire par du trait.
Je ne dessine pas du tout de la même manière dans mes livres et quand je suis dans mon atelier que quand je suis sur scène parce que même si je dessine en musique dans mon atelier, ce n’est pas du tout la même énergie, ce n’est pas la même dynamique. Et moi, j’ai besoin des deux. Les deux pratiques se nourrissent.
Je reste disponible à l’accident et à l’imprévu quand je suis en live comme un musicien peut faire une fausse note et éventuellement va en profiter pour trouver quelque chose et jouer avec. Je fais exactement la même chose et c’est des choses qui parfois après viennent nourrir mes livres. Je trouve des trucs, je trouve des incidents qui m’emmènent dans des pistes et dans des directions qui me donnent envie de creuser tel truc ou tel truc dans des livres.
Donc moi aujourd’hui, ça fait une vingtaine d’années que je pratique ce double exercice et je ne peux pas m’en passer. J’ai besoin régulièrement de casser la monotonie je dirais un peu volontairement de mon atelier. Parfois, c’est avec des musiciens, mais parfois, c’est avec des danseurs. Ça peut être avec des lecteurs, des comédiens. En tout cas, ça peut être dans des cas très différents, mais c’est la notion de dessiner en live un peu sans filet.
Moi, je viens du théâtre en plus.
Mes parents sont comédiens. J’ai grandi dans des théâtres. J’ai dessiné dans des théâtres. Donc, c’est presque pour moi un juste retour des choses que d’être parti ailleurs faire du dessin, puis de revenir dans des théâtres avec ma pratique. J’ai la sensation de rentrer à la maison presque.
Il y a aussi toute la pratique que vous avez dans vos carnets.
Effectivement, au quotidien, j’ai une espèce de rituel maintenant qui est en place depuis des années, depuis presque 20 ans aussi, qui consiste à démarrer toutes mes journées avant même d’avoir pris un café, avant même, j’allais presque dire d’être vraiment réveillé, de démarrer mes journées par 15 minutes de dessin entièrement libre dans des carnets, souvent en écoutant de la musique très doucement au casque.
J’ai des playlist aléatoires de morceaux. Je ne sais pas ce qui va venir, mais pendant 15, 20 minutes, je prends le temps de me réveiller en dessinant. Je ferai la même chose à la fin de la journée pour sortir de ma journée de travail.
Ce sont toujours des choses complètement décorrélées du livre en cours. Cela n’a aucun lien avec ce que je fais. C’est comme certaines personnes qui feraient du yoga le matin pour se réveiller, pour s’éveiller. Moi, je prends un quart d’heure, 20 minutes pour dessiner en laissant ma main faire. Ma tête est quasi endormie. Le principe pour moi est même que ma tête soit le plus endormie possible, que la main décide, que tout soit fluide, que ce soit des résidus de rêve, des résidus de pensée, des contrariétés, des émotions.
J’ai des tas de carnets qui sont des choses extrêmement abstraites. Parfois, ça l’est moins. Parfois, ça l’est plus.
Je laisse venir ce qui vient et ça fait presque 20 ans que j’ouvre et je ferme mes journées de travail par ce petit rituel. Il m’est extrêmement précieux. Cela rejoint quelque chose qui est un peu de l’ordre du live et de la musique. Je ne sais pas ce qui va se passer. J’y vais. Si le trait est parti dans cette direction alors que ce n’est pas ce que j’avais l’intention de faire au départ, tant pis. Il faut que je le suive. C’est lui qui me guide. Ce n’est pas moi qui décide.
Est-ce qu’il vous arrive après justement de réutiliser vos trouvailles qui sont un peu des accidents ?
Exactement. Des accidents. Ces carnets ont pris presque, et les concerts aussi, la tournure d’un laboratoire. Je sais qu’à l’intérieur de ces pratiques, il peut survenir, il peut se produire des choses qui m’intéresseront, peut-être ou pas. J’ai des tas de carnets, j’ai des tas de dessins de concerts qui datent certains d’il y a 20 ans. Je les entasse. Je les garde. Je les mets dans des boîtes. Je ne les ouvre pas.
Et parfois, j’ouvre des trucs un peu au hasard et je regarde ce qui se passe. Parfois, je ne trouve rien. Et parfois, je retombe sur un dessin réalisé il y a 15 ans. Je ne sais plus du tout ni le pourquoi, ni le comment. Mais là, un truc s’est passé à ce moment-là. Et tiens, ça vient peut-être répondre à une interrogation que j’ai maintenant, 15 ans plus tard. Donc oui, très régulièrement, je vais mettre mon nez là-dedans.
Alors, est-ce que vous-même êtes musicien ?
Alors pour moi, depuis toujours, le dessin et la musique sont très, très liés. J’ai toujours une guitare pas loin de ma table. Et quand je m’arrête de dessiner, c’est souvent pour faire une pause en jouant de la guitare ou du piano.
Alors, on peut dire que la musique d’Arthur H. nous fait pénétrer dans les jardins d’Alfred, à moins que ce soit l’inverse. Parlez-nous un peu justement de votre collaboration, de vos interactions.
Qui a fait quoi ? Les choix des chansons, des dialogues dans l’album, pour le concert dessiné aussi. Comment ça s’est passé concrètement ?
Le mot que vous venez de prononcer, le bon, dialogue. C’est-à-dire que depuis le départ avec Arthur, on a eu plaisir à se raconter des choses, à partager des histoires et à construire notre relation, j’allais dire, sur des discussions. Donc le livre s’est fait exactement de la même manière. C’est-à-dire que même si j’ai construit moi le livre – c’était plus mon domaine – le choix des chansons, on l’a fait ensemble. Le choix de départ, de comment cette situation initiale se met en place, on l’a décidé ensemble.
Il arrivait parfois que des conversations qu’on avait deviennent des bouts de dialogue, au téléphone même. Je pouvais l’appeler pour autre chose et puis il allait dire une phrase qui me plaisait bien. Je la notais, ça devenait un bout de dialogue d’une séquence à venir.
Donc en fait, ça s’est vraiment fait en ping-pong et en dialogue. Encore une fois, Arthur n’a pas écrit un scénario. J’allais presque dire, moi non plus. C’est-à-dire que c’est un livre qui s’est fait de manière improvisée quasi au jour le jour. Il y avait la situation de départ. Je ne savais pas où ça nous emmenait. Il y avait les chansons d’Arthur qui servent un peu de balise. Et puis à partir de là, tous les jours, je me mettais devant ma table en me disant Qu’est-ce que j’ai fait hier ? OK, comment je continue aujourd’hui ?
Et chaque jour, j’ai comme ça dessiné une page qui était le prolongement de cette déambulation. Et quand j’avais éventuellement besoin de matière, j’appelais Arthur ou on se voyait ou on prenait un café quand l’occasion se présentait. Et puis, je me servais de ce qu’on s’était raconté.
Il y a des passages entiers qui sont vraiment des quasi-retranscriptions un peu théâtralisées de discussions qu’on a eues sur la musique, sur l’énergie de la musique, sur le dessin. Il y a des choses que j’ai quasiment retranscrites telles quelles.
Si j’en crois la préface signée Arthur H., vous êtes tous deux des aficionados de Fellini.
En quoi la solidité du rêve est-il un récit fellinien ou pas?
Fellini avait une force dingue qui était de vous emmener, en tout cas, de vous proposer un voyage où vous ne connaissiez ni les raisons, ni la destination. Rentrer dans un film de Fellini, c’était avoir la certitude de ne pas savoir ce qui allait se passer d’une scène sur l’autre. Arthur dit lui-même qu’il aime concevoir ses concerts, en tout cas comme ça.
C’est un voyage. On ne sait pas par où on rentre, on ne sait pas par où on ressortira. Ce n’est pas grave. Ce qui est important, c’est qu’il se soit passé plein de choses, qu’on ait traversé plein d’émotions. Qu’on ne les comprenne pas toutes, ce n’est pas grave. Ça fait partie du plaisir de ce voyage.
Donc, moi, Fellini, c’est ce que j’aime chez lui. Cette capacité à mettre du merveilleux dans quelque chose d’extrêmement trivial, de mettre d’un seul coup une scène extrêmement poétique, onirique, en plein milieu de quelque chose qui a priori ne l’était pas, ou au contraire de redevenir très grave un endroit où il aurait pu y avoir de la poésie. C’est ne jamais savoir ce qui va se passer.
Là où on se rejoint, c’est qu’Arthur conçoit ses concerts comme ça, aime concevoir ses spectacles comme ça. Le livre, on l’a conçu comme ça. Et puis très vite, on s’est rendu compte qu’on aimait ça, ne pas savoir quel était le but, quelle était la destination.
Ce qu’on aimait, c’était être sur le chemin au sens très large et voir ce qui se passe. Et puis, des fois, c’est beau ; des fois, ça l’est moins. Bon, c’est pas grave. On verra bien. Ça nous emmène forcément quelque part. Donc, on a conçu ce livre un peu comme ça.
Alors, je pense que vous y avez déjà un petit peu répondu mais pouvez-vous nous expliquer votre choix narratif de vous mettre en scène avec Arthur dans un décor de théâtre?
Vraiment, c’est un truc qu’on s’est raconté tous les deux. On s’est dit Comment ça pourrait commencer ? Mais vraiment comme là : on est là tous les deux en train de parler. On est en train de se dire comment ça pourrait commencer.
Et moi, j’ai dit à Arthur qu’il y a une pratique que j’ai réellement qui est celle d’aimer dessiner dans les théâtres quand ils sont fermés. J’adore aller dans ces endroits-là et dessiner. J’ai eu l’occasion de le faire à plusieurs reprises.

Ils sont rarement abandonnés comme dans la bande dessinée. En revanche, j’ai eu la chance à plusieurs reprises de pouvoir être enfermé toute une nuit en gros dans des théâtres et dessiner. Je raconte ça à Arthur qui me dit : Voilà, on a un début : tu arrives, tu es en train de dessiner un truc et là tu te rends compte qu’en poussant la porte d’une loge, quelqu’un habite ici. Et c’est moi. Voilà. Et ça part aussi simplement que ça.
Au départ, on a défini ensemble quasiment ça. Et puis j’ai dit OK, super, super. Dans ce cas-là, OK, mais tu ne te contentes pas d’habiter ici. Tu vis dans une forêt. Tu vis dans une forêt étonnante. Et en fait, le truc s’est construit comme ça.

On discute, on dialogue, on s’amuse, on lance quelques idées qui nous font marrer. Et puis voilà, essayons de ne pas en savoir trop à l’avance. On se donne ce point de départ et après on verra bien où ça nous emporte.

Votre double de papier déclare à un moment donné « Quand j’écris des histoires, je le fais sans savoir où je vais. J’avance dans le récit en tirant au hasard des cartes d’un jeu de ma confection. » ce qui ça correspond bien justement à ce que vous venez d’expliquer, votre démarche.
Exactement. Et ce jeu de cartes existe. C’est-à-dire que je conçois réellement mes livres souvent de manière semi-improvisée, que ce soit celui-ci ou mes livres en général.
Et j’ai effectivement, par l’intermédiaire d’une amie, composé un jeu de cartes, non pas de tarot ni divinatoires, mais de jeux de contraintes. Donc, c’est une boîte dans laquelle j’ai plein de cartes avec dessus parfois des mots, des phrases, des intentions, des directions. Et quand je suis coincé sur un scénario, quand je ne sais pas trop où je vais aller, j’ouvre la boîte, je tire 3-4 cartes, je regarde et je me dis, tiens, qu’est-ce que ça donne ?
Voilà, il peut y avoir, par exemple, une carte – c’en est une qui m’est souvent arrivé de tirer – une carte sur laquelle est marquée le contraire de ce que tu penses. OK, moi, cette carte-là, quand je la tire, je me dis, OK, là, spontanément dans mon scénario, j’aurais fait aller le personnage dans le château. Donc, si je tire cette carte, alors il faut qu’il n’aille pas au château.
Et en fait, ça décoince quelque chose, ça ouvre des portes là où, spontanément, je serais peut-être arrivé à quelque chose de plus évident.
Les cartes que je tire à un moment pour présenter dans mon double de papier, elles existent. Voilà.
Vous êtes tous les deux des raconteurs d’histoire. Si vous deviez définir en un mot, ou en une phrase, ou en deux, pourquoi pas, ce que vous avez en commun ? Quel serait-il?
Un amour de la fantaisie, je dirais. Je crois avoir retrouvé ça en Arthur dans nos conversations. Un amour, un désir de fantaisie. Un désir de fantaisie. Et de faire en sorte qu’au quotidien, on puisse la voir au coin de la rue, cette fantaisie.
Un désir de fantaisie, très belle formule … Fantaisie que l’on retrouve dans La solidité du rêve qui est presque une comédie musicale avec comme fil rouge, vos deux personnages qui nous mènent d’une chanson à l’autre.
Alors, autant votre écriture graphique change d’une chanson à l’autre – vous renouvelez sans cesse – là, dans les séquences où vous vous mettez en scène, on a une certaine unité à exception toutefois de cette séquence que vous considérez comme le ventre du rêve et où vous échangez des considérations sur vos arts respectifs.
Alors, quid de vos choix graphiques ?
Vraiment instinctifs. C’est-à-dire, la conversation à laquelle vous faites allusion sur le ventre du rêve, c’est quasiment une conversation qu’on a eue telle quelle dans l’atelier, dans le petit studio d’Arthur qu’il avait à la Maison de la Poésie à Paris à ce moment-là. Je la théâtralise un peu pour jouer avec mais grosso modo, la conversation, on va l’avoir quasi telle que telle. Sur son rapport à la musique, mon rapport au dessin.

Comme je vous disais, comme j’ai au quotidien avancé dans le bouquin sans jamais savoir trop ce qui se passait par la suite. Il y avait un truc un peu de l’ordre de : OK, cette chanson, aujourd’hui, je dessine cette chanson. Qu’est-ce qu’elle m’inspire ? Qu’est-ce qu’elle m’évoque ?
Qu’est-ce que j’ai comme outils sur la table ? Du charbon, de l’aquarelle, de l’encre. Qu’est-ce que je prends aujourd’hui ?
Alors, c’est vraiment complètement subjectif. C’est moi qui ai envie de m’amuser. La veille, j’ai fait ça. Demain, je vais faire ça. Je vais faire autre chose.
C’est vraiment un truc aussi, j’allais dire, presque pragmatique pas vraiment pragmatique mais quelque chose d’extrêmement terrien, presque..
Aujourd’hui, je ressens quoi ? Je ressens quoi ? Je ressens ça, donc je prends cet outil.
Pour cette chanson, il y en avait peut-être des mieux, je n’en sais rien. Moi, en tout cas, c’est celui-ci que je prends aujourd’hui.
Alors, parlons un peu des personnages, maintenant, de la façon dont vous vous êtes représentés. Alors, le chapeau pour Arthur H, pas de problème, je vois bien, j’entends bien. Mais pourquoi la casquette pour vous ?
Parce que j’en porte souvent, Dans ma vraie vie, j’ai toujours une casquette sur la tête dès que je sors. Donc là, en l’occurrence, si je me mets en scène de nuit, en train d’entrer, en faisant un peu d’Urbex, en train d’entrer dans un théâtre abandonné, j’ai forcément ma casquette. Voilà. (rire)
Moi, votre Arthur H, je vous l’avais déjà dit d’ailleurs à Amiens, il me fait penser au Gainsbourg de Sfar, tant dans le côté dynamique du trait que dans les attitudes. Alors, est-ce que c’était voulu ?


C’est très étrange parce que je l’ai représenté dans un espèce de mix effectivement du Gainsbourg de Sfar, de Corto Maltese et de Raspoutine, une espèce de mélange un peu. Alors que lui, il ne se voit pas comme ça. Je ne sais pas ce qui fait que pour moi, c’était très naturel que ça devienne ce personnage, encore une fois, très théâtral, que ça devienne ce personnage très volontaire, un peu dégingandé comme ça. En fait, dans la réalité, il n’est pas tout à fait comme ça.
Il a du charisme aussi.
Du charisme, il en a. Il y a une flamboyance en tout cas. Arthur, je trouve qu’il a une vraie flamboyance. Mais donc, j’ai upgradé un petit peu le charisme et la flamboyance naturelle que je lui trouve en en faisant un personnage un peu plus grand, plus fin, plus svelte.
On est presque dans de la Commedia dell’Arte. Ça devient un personnage. C’est presque un masque. C’est presque une gestuelle dix fois trop théâtrale par rapport à la réalité des situations.
Mais je pense, en fait que ce qui est intéressant, plus que la réalité, pour moi, c’est la vérité. C’est-à-dire qu’il n’est pas comme ça dans la réalité, mais il y a une vérité qui se dégage de lui et qui me donne la sensation qu’il est là. Il est à son endroit là. Je crois que je l’ai fait sans même vraiment y penser. Encore une fois, c’est un peu le ventre qui s’est exprimé. Je me laissais porter, je laissais ma main faire et ma main l’a emmenée à cet endroit là.
Et puis , il y a les autres personnages …
L’apparition de Trintignant à travers la la chanson qu’ils ont faite ensemble.
Tout à fait, qui est très belle.

Qui est très très belle. Son père, évidemment.
Oui, il aurait été compliqué de ne pas le faire apparaître.

Mais concernant Brad Scott, c’est beaucoup plus discret.
Tout à fait, très juste, discret. Peu de gens savent qui c’est.
Moi, je ne le connaissais pas alors je suis allée voir …
Effectivement, peu de gens savent qui c’était. En fait, Arthur, parle de Brad Scott en disant, Si je suis devenu Arthur H, c’est grâce à Brad.

Parce qu’au départ, ils étaient ensemble, c’était une espèce de groupe. Et il me disait, mais c’est Brad qui m’a dit très vite, non, non, il faut que ce soit toi devant. Il faut que ce soit toi le chanteur, que tu sois devant. C’est ton image qui va être devant.
Et alors, ce n’était pas l’intention d’Arthur au départ, forcément. Donc, lui, il estime qu’il doit énormément, en fait, à Brad Scott de lui avoir révélé presque un parcours auquel il ne pensait pas lui-même, pour lui-même, forcément.
Et puis, effectivement, il était décédé il y a peu de temps. Ils se voyaient moins, mais ils étaient toujours très, très proches. Et il considère vraiment, que Brad Scott. c’est dans son histoire, c’est dans son ADN.
Donc, voilà. Mais effectivement, ça en fait une citation plus discrète, on va dire, qu’Higelin ou Trintignant, bien sûr, bien sûr.
Alors, la fin est très ouverte.
Il repart vers de nouvelles histoires.
Voilà, il repart vers de nouvelles histoires Ça laisse entendre que le voyage n’est pas fini et que la roulotte va vous emporter vers d’autres rivages …
Avez-vous d’autres projets ensemble ? Si oui, sous quelle forme ?

Alors, juste une petite parenthèse. La roulotte, c’est aussi parce qu’Arthur a une roulotte. Il a véritablement une roulotte et j’aimais bien l’idée de l’intégrer quand même à l’intérieur du récit.
Alors, ensemble, là, dans l’immédiat, à part se raconter nos vies et faire quelques concerts dessinés ensemble, il n’y a pas de projet à proprement parler. En revanche, le plaisir de se retrouver sur un projet un jour ou l’autre, pour moi, il est intact. Donc, si ça se présente, j’irai avec grand plaisir.
Aujourd’hui, c’est de faire quelques concerts dessinés ensemble qui nous permettent de nous revoir comme ça va être le cas demain et j’en suis très heureux. [NDLR : le concert à la salle Poirel de Nancy le samedi 13 septembre]
Pour terminer, quels sont vos projets en cours?
Moi, je travaille sur plusieurs trucs en même temps. J’ai toujours plusieurs projets de différentes formes qui avancent en même temps à des rythmes différents. Je fais des choses avec le théâtre ou je fais des projections.
J’ai des expositions, j’ai des livres. Le prochain livre, un peu conséquent en tout cas, qui arrive et qui sortira dans un an, c’est un livre avec le romancier Laurent Gaudé qui est une adaptation d’un de ses romans, mais une adaptation un peu particulière parce qu’on se connaît bien avec Laurent et qu’il m’a donné accès à une matière supplémentaire qu’il n’avait pas forcément mise dans le roman et qui me permet, moi encore une fois peut-être d’enrichir la simple adaptation. Donc ça, je suis là-dessus depuis déjà un petit moment et j’en ai encore pour une grosse année. Mais je suis ravi de faire ce projet parce qu’il m’emmène ailleurs de tout ce que j’ai pu faire jusqu’à présent.
Vous pouvez nous donner le titre du roman?
Pour seul cortège. C’est un court roman qu’il a écrit il y a quelques années autour d’Alexandre Le Grand. Quelque chose d’un peu particulier, très théâtral.
C’est un texte qui m’a énormément plu à l’époque. On se connaissait déjà, j’ai eu l’occasion de lui en parler à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’on décide de le faire.
Parution le 22 octobre aux éditions Delcourt

Interview de Francine VANHEE

POUR ALLER PLUS LOIN
La chronique de l’album

À venir …

Le concert dessiné



Un extrait à la salle Poirel à Nancy le 13 septembre 2025








