Grand petit homme

Scénario : Zanzim
Dessin : Zanzim
Éditeur : Glénat
Collection 1000 feuilles
136 pages
Prix : 25,00 €
Parution : 6 novembre 2024
ISBN 9782344052792
Ce qu’en dit l’éditeur
Stanislas Rétif habite, avec son chat, un petit appartement sous les combles. Introverti, il rêve de devenir un grand homme mais sa timidité et son mètre cinquante-sept ne lui sont d’aucun secours quand il s’agit d’aborder une inconnue.
Stanislas est pourtant un grand amoureux des femmes ! En travaillant dans un magasin de chaussures, rien ne le met plus en joie que d’habiller leurs pieds.
Un jour, lassé de ses déboires, il fait le vœu de devenir un « grand homme » tout en caressant sa paire de bottines préférée. Ce qu’il ignore, c’est que ces bottes en cuir de vache sacrée indienne ont un pouvoir immense ! La magie opère, mais à l’envers ! Le voilà réduit à la taille d’un pouce.
Comment survivre dans cet environnement devenu hostile ? C’est le début d’une nouvelle vie dans laquelle les araignées deviennent des prédateurs et où les commérages n’ont plus de secrets pour Stanislas se faufilant, invisible, dans l’intimité des foyers. Capturé par une mamie sénile, il va bientôt se retrouver dans la maison de Fleur… jeune femme qui, à la vue de ses bottes pourrait être l’une de ses clientes…
Au fur et à mesure, Stanislas va apprendre à connaître Fleur, et tomber éperdument amoureux d’elle… mais aussi la voir souffrir. Car Fleur est atteinte d’un mal qui la ronge. Que peut faire Stanislas du haut de ses 11 cm ? Peut-il devenir un grand homme par son courage, la beauté de ses actes et son don de soi ?
Après Peau d’Homme, succès aux plus de 200 000 exemplaires vendus en France, Zanzim revient avec un nouveau chef-d’œuvre, un roman graphique drôle, tendre et profondément humaniste qui soulève une question : que signifie être un grand homme ? Empreint d’une douce mélancolie qui contraste avec ses couleurs vives, ce récit touchant confirme le talent d’un auteur au style unique. L’événement de cette fin d’année.

220 000 exemplaires vendus, plus de 15 prix, une adaptation au théâtre par Léna Bréban avec Laure Calamy et un film de Léa Domenach en préparation avec Catherine Deneuve, Pomme, Karin Viard et Eddy de Pretto : voilà la destinée de « Peau d’homme » l’album de Zanzim et Hubert paru chez Glénat en 2020. Alors comment vit-on l’après quand en plus son alter ego, son partenaire de jeu, a décidé de tirer sa révérence en vous laissant seul aux commandes ?
La pression était immense et l’attente des lecteurs était grande. Zanzim répond plus de quatre ans plus tard avec son nouvel opus « Grand petit homme » toujours chez Glénat. Comme souvent dans un tel contexte, l’album peut décevoir certains et a même fait polémique sur les réseaux. Il nous semble cependant qu’emboîtant le pas (sans talonnette) à son héros Stanislas Rétif, vendeur de chaussures pour dames, fétichiste et complexé par son mètres cinquante-sept (et demi), Zanzim, loin d’être un « petit » auteur, gagne sa place dans la cour des « grands ».
« LES VOYAGES DE GULLIVER »
Le dessinateur éprouvait depuis l’enfance une fascination pour le film « Les voyages de Gulliver » (et il cite le roman p. 114). Il avait adoré aussi « L’aventure intérieure » et « Chéri j’ai rétréci les gosses » à l’adolescence ; ces souvenirs cinéphiles lui ont donné l’envie de « traiter du minuscule ». Poursuivant alors dans la même veine que « Les yeux verts » ou « Peau d’homme », il met en scène un objet magique : une paire de bottines confectionnées dans le cuir d’une vache sacrée indienne.



Comme dans les contes, celle-ci exauce le vœu du héros qui, harcelé et méprisé par sa patronne et les vendeuses qui l’ont traité de « petit bonhomme », désire devenir grand. Mais avec espièglerie, l’auteur amène une péripétie supplémentaire : au lieu de se métamorphoser en l’Apollon qu’il souhaiterait être, Stanislas rétrécit jusqu’à faire la taille d’un index ou d’un talon aiguille… Devenu « Tom Pouce », il est donc amené à vivre des aventures comme Gulliver ou « l’homme qui rétrécit » (dont certaines scènes sont littéralement citées) : le moindre objet du quotidien constitue une épreuve – « la largeur de l’entrepôt devient une traversée du désert, une simple marche lui semble un immeuble à gravir » (p.46). La souris est une monture et l’araignée un monstre tandis que le dessinateur s’en donne à cœur joie dans les contre-plongées et le changement d’échelle.
Des scènes de « L’homme qui rétrécit » de Jack Arnold qu’on retrouve dans la bande dessinée



La voix off omniprésente renforce l’aspect conte du roman graphique et laisse se déployer les dessins très ligne claire et plutôt enfantins. Le dessinateur déploie également pour varier la narration son talent dans des pleines pages, des doubles pages sans texte, voire de très grandes cases muettes. Mais le conte n’est pas pour la jeunesse : il est comme « Peau d’homme » quelque peu libertin. « Il était un petit homme, pirouette cacahouète qui avait une drôle de [passion], qui avait une drôle de [passion] » …
« L’HOMME QUI AIMAIT LES FEMMES »

La couleur est annoncée d’emblée un peu comme dans le film de Truffaut « L’homme qui aimait les femmes » dans lequel Bertrand Morane incarné par Charles Denner (à qui ressemble de façon frappante Stanislas avec son grand nez et son petit menton prognathe) déclare dans son roman autobiographique « Le Cavaleur » : « les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens et lui donnent son équilibre et son harmonie». Cette phrase répétée à plusieurs reprises dans le film, coïncide avec des plans de jambes faisant les cent pas.

On retrouve ce découpage dans la bande dessinée. Zanzim reprend même des séquences du film de Truffaut comme la scène où dans une blanchisserie, située en entresol, Denner observe les jambes des passantes ; ici Stanislas à travers le soupirail de l’entrepôt admire celles des vendeuses et de clientes. L’on voit les jambes de Nadine, Madeleine ou d’inconnues rythmant les cases et la narration en « caméra subjective », le dessinateur retrouvant alors en quelque sorte le genre poétique du blason, popularisé par Clément Marot au XVIe siècle qui s’attachait à glorifier une partie seulement de l’anatomie féminine… Hymne aux jambes, hymne à la femme mais à une femme morcelée et par conséquent réifiée.

Au début du récit, Stanislas qui tient son patronyme de l’écrivain libertin du XVIIIe Rétif de la Bretonne (dont le nom est utilisé pour désigner une paraphilie : le rétifisme ou le fétichisme du pied et des chaussures) ne considère les femmes que comme des objets. Il rêve de sortir avec des femmes trophées et seules « les grandes tiges » – comme les qualifierait le héros de Truffaut – trouvent grâce à ses yeux. Il a donc un point de vue plutôt machiste sur la gent féminine qu’il révère mais ne considère pas vraiment.
« LITTLE BIG MAN » OU « L’AVENTURE INTÉRIEURE »
Or, pour continuer avec la filiation entre Zanzim et Truffaut, le twist fantastique de l’album correspond au cauchemar de « L’Homme qui aimait les femmes ». Dans la vitrine d’un magasin de lingerie, le mannequin féminin a été remplacé par une figure à l’effigie de Morane-Denner, convoitée par les regards et les caresses, moquée par les rires de multiples femmes. Paralysé en se voyant devenu un « homme-objet », manipulé à son tour, Morane contredit ce que nous croyions savoir sur lui. Serait-ce pour ne pas se voir ainsi, pauvre marionnette aux mains des femmes, que l’homme cherche à séduire sans répit ? Le personnage truffaldien gagne ainsi en humanité et en épaisseur : loin d’être un prédateur assoiffé de gloire, l’homme à femmes est avant tout un être inquiet. Le spectateur opère un renversement de perspective. C’est ce qui se passe aussi avec le lecteur de la BD.

L’homme « voyeur » qu’était Stanislas devient « homme objet » quand il est capturé par Mme Cheverny et ses deux vendeuses. On retrouve la même structure de renversement que dans le seul autre album dessiné et scénarisé par Zanzim : « L’Ile aux femmes ». Dans ce dernier, Céleste Bompard, le Don Juan prédateur, devient à son tour proie des Amazones qui veulent en faire leur nouveau reproducteur. Dans « Grand petit homme », cela donne lieu à des scènes très drôles, enlevées et rythmées : le voyeur devient celui qui doit se dévoiler (ah, la pole dance autour d’une paille !) mais ces saynètes ne sont pas pour autant dépourvues d’ambiguïté et soulignent de façon hyperbolique que Mme Cheverny, Nadine et Madeleine ont aussi leurs préjugés, physiques et intellectuels. Elles permettent ainsi de réfléchir sur les rapports hommes-femmes.

Comme dans « l’île aux femmes » également, l’amour aura le dernier mot et fera grandir celui qui était petit et « étriqué » par ses préjugés donnant ainsi tout son sens au titre oxymorique et intrigant qu’on pensait de prime abord n’être qu’un clin d’œil au film d’Arthur Penn : on peut être petit par sa taille et grand par ses actions. C’est d’ailleurs autour de cette opposition et surtout du dénouement que l’auteur a construit son album puisque c’est la scène finale qui lui est venue en tête en premier et qui a littéralement généré le roman graphique.
« SI T’ES UN HOMME »
« Grand petit homme » peut être perçu comme une œuvre légère (dans tous les sens du terme) avec ses couleurs acidulées, son trait pétillant, son érotisme discret. Il est en quelque sorte une variation de « L’île aux femmes » par sa construction narrative et certains thèmes abordés. Mais, même si l’humour est toujours présent, l’auteur approfondit davantage son propos, le dote d’une certaine gravité avec le dénouement et rejoint même l’ouvrage collectif qu’il initia : « Si t’es un homme regards dessinés sur la masculinité ».
En digne héritier de son compère Hubert (dans « La nuit mange le jour » par exemple), Zanzim crée un personnage duel avec des pulsions et des obsessions qui peuvent paraître malséantes à certains mais sont comme adoucies par un dessin « naïf ». Cette ambivalence constitue alors un rempart à la mièvrerie tandis que l’humour empêche le dogmatisme. Comme dans « La sirène des pompiers » ou « l’Ile aux femmes », Zanzim apparaît aussi comme un amoureux des femmes. Ses planches débordent d’imagination, de sensualité et de poésie et lui permettent facilement d’embarquer ses lecteurs dans son univers plein de fantaisie, dans lequel on oscille en permanence entre rêve et réalité.
Simple par son trait et érudit avec ses nombreuses références cinématographiques, grave et léger, drôle et mélancolique, sombre et lumineux, c’est finalement un album tout aussi oxymorique que son titre et une vraie réussite !

POUR ALLER PLUS LOIN
L’île aux femmes

Céleste Bompard est un homme qui multiplie les conquêtes au même rythme que les loopings qu’il effectue dans le ciel pour le bonheur de ces dames qui en tombent en pamoison. Mais voilà que la guerre 14-18 éclate et qu’il est réquisitionné pour transporter les lettres que les soldats écrivent à leurs femmes. Touché par un tir ennemi lors d’une mission, son avion s’écrase sur une île qui s’avère bien moins déserte qu’il n’y paraît. S’il trompe d’abord son ennui en lisant les missives des Poilus, Céleste part bientôt à la découverte de l’île et découvre au hasard d’une de ses expéditions, un endroit où vivent des amazones aussi belles que dangereuses qui ne tardent pas à le capturer. Dorénavant, c’est lui qui s’occupera de la lessive, de la vaisselle et de la cuisine. S’il se montre suffisamment servile et obéissant, il pourra même remplacer leur « reproducteur » actuel, qui n’est plus de toute première fraîcheur… Et voilà notre joli cœur transformé en proie !
C’est un album au ton léger et enjoué, doté de personnages attachants, de dialogues savoureux et d’un trait pétillant. Cette rafraîchissante comédie pleine de malice se gausse gentiment, mais intelligemment, des rapports complexes entre les hommes et les femmes. L ’auteur y malmène en effet les clichés aussi bien vis-à-vis des hommes que des femmes qui détestent les mâles par principe. Son héros évolue et passe de Don Juan, égoïste et égocentrique qui ne pense qu’à enchainer les conquêtes, à un personnage sensible qui par un acte noble va sauver la tranquillité des Amazones auxquelles il s’est véritablement attaché.
« L’île aux femmes » est à la fois un divertissement plein d’ironie et de légèreté et une réflexion intelligente sur les préjugés sexistes. Il contient aussi une dimension historique très intéressante, grâce à l’intégration habile des lettres des Poilus.

Si t’es un homme : Regards dessinés sur les masculinités (2024) sous la direction d’Annaïg Plassard

Cet album s’inscrit dans la lignée de l’ouvrage collectif « Les Gens normaux » (Casterman/BdBoum) qu’Hubert avait coordonné et dirigé et qui en dix témoignages en bande dessinée et cinq articles de spécialistes universitaires cherchait à faire réfléchir le lecteur sur la notion d’acceptation de soi et des autres, et interrogeait sur celle de « normalité » en prônant avant tout la tolérance.
Ici, sur une idée de Zanzim, durant plus de 250 pages, 27 auteurs et autrices témoignent et analysent les constructions sociales qui régissent le genre masculin. La virilité toxique qui englobe le football, les concours de taille du sexe, le style vestimentaire… Au travers de 25 bandes dessinées et articles scientifiques, Si t’es un homme ! fait réfléchir sur la condition masculine et sur comment la repenser pour fonder une société égalitaire.

INFLUENCES CINÉMATOGRAPHIQUES
L’homme qui rétrécit de Jack Arnold (1957)

Par suite du passage d’un nuage radioactif lors d’une promenade en mer, Scott Carey va devenir de plus en plus petit au point qu’un chat ou une araignée devient un monstre gigantesque qu’il devra combattre.
Le chef d’œuvre de Jack Arnold. À la fois divertissant et impressionnant par la qualité des effets spéciaux jouant habilement sur la différence d’échelle, c’est aussi un film au scénario fort dans lequel la psychologie des personnages tient une place importante, notamment celle du héros qui à travers sa métamorphose, rencontre les problèmes que posent l’acceptation de sa différence, le regard de l’autre, ainsi que les rapports devenus faussés avec son épouse. Des scènes du film sont reprises dans l’album (la poursuite avec le chat, l’araignée, le piège à souris, les vêtements cousus avec une aiguille géante ….) ainsi que des angles de prise de vue (la contreplongée) et le jeu sur les échelles. Il faut aussi noter que le thème de la métamorphose physique entraînant une métamorphose morale est pareillement présent.

L’homme qui aimait les femmes de François Truffaut (1977)

L’histoire commence et finit en 1976 au cimetière de Montpellier où l’on enterre Bertrand Morane. L’assembée est presque uniquement composée de femmes.
Bertrand était ingénieur à l’Institut d’Etudes de la Mécanique des Fluides. Métier satisfaisant, mais la porte du laboratoire franchie, il se penchait sur son exclusive passion : les femmes. Aucune femme ne le laissait indifférent, il les aimait toutes : les rousses, les blondes, les jeunes, les femmes mûres, les veuves, les femmes mariées, « les grandes tiges et le petites pommes ». Toutes ces femmes : Véra, Delphine, Hélène, Martine et d’autres encore, deviendront les héroïnes du » Cavaleur « , roman autobiographique écrit par Bertrand et publié selon les conseils de Geneviève qui sera sa dernière conquête. C’est en poursuivant une femme, entrevue dans la rue qu’il sera renversé par une voiture et c’est en voulant toucher les jambes d’une infirmière qu’il tombera de son lit d’hôpital et mourra.
Le film se présente dans son ensemble comme un immense flash-back qui retrace la composition en 1975 du roman qu’écrit le héros avant sa mort. Dans ce présent de la narration viennent s’insérer des images du passé récent, c’est à dire de la chasse aux femmes, et de l’enfance où règne la mère. Hormis la scène d’ouverture et de clôture où la narratrice est l’éditrice Genveière, il y a une voix off omniprésente (ce que Truffaut appelle le commentaire) : celle de Morane lui-même qui s’interroge sur le mystère d’une conduite qui lui échappe. Le film se présente à cet égard comme la véritable psychanalyse d’un cas qu’on pourrait appeler sur le modèle freudien « L’homme aux jambes ». Zanzim reprend surtout le découpage et la « ponctuation » du film ( les gros plans sur les jambes) ainsi que l’obsession et les traits de l’acteur principal mais aussi une voix off importante.
Zanzim cité également d’autres œuvres de Truffaut : la scène du soupirail de « Vivement dimanche » quand pour tromper son ennui, Trintignant regarde les jambes des passantes ou encore les séquences de Baisers volés dans lesquelles Antoine Doinel fraîchement recruté par l’agence de détective Brady est « en périscope » (c’est-à-dire infiltré) dans le magasin de chaussures de M. Tabard. On retrouve ainsi dans les scènes du magasin de Mme Cheverny des similitudes avec des décors du film (l’entrepôt au sous-sol et ses montagnes de boites de chaussures par exemple).

La chronique de Peau d’Homme


L’interview de Zanzim


