AUTOMNE EN BAIE DE SOMME


AUTOMNE EN BAIE DE SOMME

Automne en baie se Somme
Scénario : Philippe Pelaez
Dessin : Alexis Chabert
Éditeur : Bamboo
Collection Grand Angle
64 pages
Prix : 15,90 €
Parution :  25 Mai 2022
ISBN 9782818979204

Ce qu’en dit l’éditeur

1896. Le corps d’un riche industriel est découvert à bord d’une goélette échouée dans la baie de Somme. Pour une affaire de cette importance, on envoie le meilleur policier de Paris, Amaury Broyan. 
Très vite, l’inspecteur soupçonne la veuve, héritière de l’immense empire. L’enquête révèle alors que l’industriel avait également une maîtresse, Axelle Valencourt, un modèle ayant posé pour de nombreux artistes et notamment Alfons Mucha.

Automne en baie se Somme
Scénario : Philippe Pelaez
Dessin : Alexis Chabert
Éditeur : Bamboo
Collection Grand Angle
(Tirage Canal BD : 1500 exemplaires)
72 pages
Prix : 19,90 €
Parution :  25 Mai 2022
ISBN 9782818994207

Quand on demande à Philippe Pelaez quels sont ses scénaristes préférés, il répond qu’il apprécie « les scénaristes qui savent se renouveler » et dit compter parmi ses maîtres Jean Van Hamme et Stephen Desberg. Il déclare qu’il aime également beaucoup la bande dessinée historique comme « Les 7 vies de l’Epervier » de Cothias et Julliard ou « Les tours de Bois-Maury » d’Hermann et conclut qu’il « a envie d’écrire dans tous les genres ! »

Il semble brillamment relever le défi en multipliant les productions cette année. Après avoir donné un 3e volet à sa série « Maudit sois-tu », entamé les diptyques du « Bossu de Montfaucon », de « L’Enfer pour aube » et « Furioso », continué ses « Histoires de guerre », il nous invite dans le Paris de la Belle Epoque. Dans « Automne en baie de Somme », il est accompagné au dessin et à la couleur par Alexis Chabert et ce magnifique one shot paraît dans la collection « Grand Angle » chez Bamboo édition.

ENTRE « LES BRIGADES DU TIGRE » ET « 1900 »

Pelaez innove donc une fois de plus et s’essaie pour la première fois au genre du polar. Si Grand Angle, c’est au départ une collection pour faire de la BD « comme au cinéma », on retrouve dans cet album un découpage, un rythme, et une intrigue qui nous font penser aux enquêtes des « Brigades du Tigre » (les plus vieux comprendront !) et de la série « 1900 » conçue elle aussi par un scénariste de bande dessinée Fabien Nury. On a en effet une histoire qui se déroule à la Belle Epoque et qui commence in media res avec un cadavre : un bateau est échoué sur une plage de la baie de Somme, un homme ensanglanté sort en rampant de la cabine et meurt sur le pont. Il s’agit d’un riche industriel, Alexandre De Breucq. Un policier parisien l’inspecteur Amaury Broyan – est-ce un hasard que le dessinateur lui ait donné les traits du Burma de Tardi ? – est chargé de l’enquête. Très vite il soupçonne la veuve de la victime qui n’a même pas attendu une période de deuil raisonnable pour prendre en main les affaires de feu son mari. Mais Alexandre avait également une belle rousse, modèle de son état pour le peintre Mucha, comme maîtresse et n’était pas aussi lisse qu’on voudrait le laisser croire…

Les sous-intrigues se multiplient : ainsi Broyan a également un drame personnel à élucider ce qui permet de donner de l’épaisseur au personnage et de brouiller les pistes en retardant le moment de la découverte du coupable. Mais le seul regret qu’on éprouvera pour cette histoire complète, c’est qu’elle n’ait pas pu courir sur davantage de pages car parfois les ellipses sont un peu trop brusques, la romance entre Axelle et le jeune peintre expéditive, et surtout les coïncidences trop marquées (comme de bien entendu les deux arcs narratifs principaux finissent par se rejoindre et certains témoins sont étonnamment volubiles). On aurait aimé davantage de pauses narratives et de déambulations en doubles pages muettes dans ce Paris si bien reconstitué.

POL-ART

En effet, l’un des atouts principaux de cet album est son graphisme. Dès la couverture, ses couleurs pastel, ses incrustations dorées, ses motifs floraux art nouveau et sa silhouette féminine vaporeuse, on perçoit l’hommage à Mucha que l’on retrouve également dans les têtes de chapitre. Cependant d’autres artistes et courants picturaux sont également convoqués comme l’impressionnisme présent sur la couverture de l’édition de luxe mais aussi dans la marine au bas de l’édition classique…

Alexis Chabert a travaillé en couleurs directes à l’aquarelle principalement mais avec des rehauts d’acrylique, de pastel et les silhouettes cernées au stylo à bille ! Et l’ensemble est fascinant. Au détour d’une case et surtout quand il s’en affranchit, alors qu’il nous dépeint les célèbres cabarets du « Lapin agile » ou du « Chat noir » ou les Moulins de Montmartre, il nous évoque tour à tour Toulouse-Lautrec, Pissarro ou Van Gogh ; quand il arpente la haute société on pense à Manet tandis que ses vues des Grands Boulevards nous rappellent les tableaux de Monet, Caillebotte, et de Renoir. Il cite aussi des peintres moins connus tels Gervex ou Edouard Cortes.

Gervex Une soirée au Pré Catelan

Gervex Rolla

Caillebotte Un balcon boulevard Haussman

Caillebotte L’homme au balcon

Jean Béraud Avenue parisienne

Jean Béraud Le Pont Neuf

UN ROMAN GRAPHIQUE SOCIETAL

Enfin, s’il est distrayant et beau tout à la fois, ce livre donne également à penser. On peut le qualifier de « roman » graphique car sa narration est très écrite dans les récitatifs et confine même à la poésie. Il n’est pas sans rappeler en cela un autre album récent de Pelaez : « l’Enfer pour aube » placé sous l’égide d‘Hugo.

Mais quand dans le premier titre, chaque chapitre était délimité par une citation extraite de l’album lui-même, ici le scénariste choisit de commencer chacun des 4 chapitres qui le constitue par des passages de « Quelques lances rompues pour nos libertés » de Nelly Roussel une pamphlétaire qui lutta contre l’avortement et pour la libération de la femme. Ainsi, l’album se mue en une œuvre engagée qui questionne la place de la femme à l’époque et montre les tentatives de certaines (dont les deux héroïnes) pour échapper au sort qu’on veut leur réserver.

« Automne en baie de Somme » au titre poétique et polysémique est donc tout à la fois un polar historique, un album hommage aux maîtres picturaux de l’époque, une expérimentation scénaristique et une œuvre engagée. Cette bande dessinée a les qualités des grands albums : à la fois un graphisme époustouflant mais aussi un scénario ciselé et intelligent bien plus profond qu’il n’y paraît. Ce one shot devrait être le tome inaugural d’une série (tétralogie à la Vivaldi ?) car on annonce pour bientôt l’arrivée d’un deuxième opus avec l’inspecteur Broyan intitulé « Hiver à l’Opéra » qui devrait s’inscrire dans les traces de Degas. On s’en réjouit déjà !

POUR ALLER PLUS LOIN

L’interview de Philippe Pelaez

Chronique d’Anne-Laure GHENO

(Bd Otaku)


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