Interview Alex W. Inker : Krimi
aux Rendez-vous de la Bande dessinée, Amiens
7 juin 2025

Alex Inker, bonjour. Je suis ravie de vous rencontrer aux Rendez-vous BD d’Amiens afin d’échanger autour de votre dernier album Krimi paru il y a deux mois aux éditions Sarbacane. Alors Krimi, c’est quoi ? Mensonge, culpabilité, manipulation et j’en passe, quelles sont les différentes thématiques abordées ?
Alors toutes celles que tu viens de dire. C’est un peu comme ça que Thibault Vermot le scénariste le vend. Moi, ce qui m’intéressait, c’était la fiction parce que je ne suis pas très documentaire en BD et je ne voulais pas faire l’énième biopic d’un réalisateur ou d’une personnalité connue. Moi ce qui m’intéressait dans l’histoire de Thibault, c’est le pitch qu’il m’a amené. Il m’a dit : il y a 60 % de véridique et il y a 40 % de vraisemblable. Et je lui ai dit : Bon là, tu m’as accroché et on va pouvoir travailler. Et après le plaisir du dessinateur parce qu’en fait j’étais plus dessinateur que scénariste sur celui-là, c’était vraiment mettre en scène le texte de Thibault et utiliser les outils du cinéma.
C’est là votre septième album et pour la première fois, vous n’êtes pas seul aux manettes puisque c’est Thibault Vermot qui signe le scénario. Alors pour vous Thibault Vermot est loin d’être un inconnu : illustration de La Route froide, adaptation en bande dessinée de Colorado train et finalement collaboration à part entière sur Krimi. Comment ce projet est-il né ? Comment s’est passée votre collaboration ? Qui a fait quoi ?



Alors c’est très simple ; puisqu’on a travaillé ensemble sur Colorado, c’est un travail très simple. Colorado, je lui ai pris son roman, je l’ai passé à la moulinette, j’ai tout transformé. Il m’a donné son accord mais il m’a dit La prochaine foi, respecte mon travail (rire). Je t’écrirai un scénario et je veux en gros que tu sois fidèle à mes écrits. Et donc c’est pour ça qu’à un moment, il m’a amené un projet de 100 pages vraiment écrit comme un roman qui était Krimi. Et donc j’ai lu Krimi, j’ai bossé vraiment au plus proche de son texte ramené à un storyboard – c’était mon travail de mise en scène – qu’il a validé. On en a discuté et une fois qu’il a validé, c’était lancé. Moi, j’étais sur les rails. Donc le travail de Thibault, c’était vraiment au début. Après je lui soumettais régulièrement les planches et c’était toujours Non mais c’est génial. Merci Alex, c’est top. Thibault aime beaucoup mon travail, j’aime beaucoup ses écrits donc on s’entend très bien là-dessus et surtout, ce n’est pas un scénariste qui est toujours au-dessus de ton épaule. Moi, j’aime beaucoup mon indépendance de dessinateur et donc tout ça, c’était agréable avec Thibault.
Alors justement quels sont pour vous les bienfaits de travailler avec un scénariste ou pas ? Renouvellerez-vous l’expérience ?
Les bienfaits de travailler avec un scénariste, c’est que là j’ai pu vraiment me concentrer sur la mise en scène, sur les interrogations sur le cinéma, sur qu’est-ce qui est propre à la BD ? qu’est-ce qui est propre au cinéma ? comment est-ce que je peux interroger les outils des deux médiums ? Ça c’est quelque chose sur lequel j’ai eu plus de temps puisque toute la dimension scénaristique avait vraiment été imaginée et travaillée par Thibault y compris des idées dans l’image. Thibault a une écriture qui se fait beaucoup dans l’image et même ça, c’était un axe de réflexion pour moi. Donc le dessinateur a vraiment eu plus de temps de réflexion.
Et quelles idées justement dans l’image ? Quelles métaphores visuelles a provoquées sa façon d’écrire ?
Alors, déjà tout son travail sur les meurtres et les viols. J’ai dû trouver un système pour le représenter, d’où le système en ombres chinoises. Ça vient de son texte. Je me suis dit Ça clairement, je ne vais pas pouvoir le travailler dans le dessin. Qu’est-ce que m’offre la BD comme outil ? Qu’est-ce que m’offre le cinéma comme outil ? Et du coup, je m’arrête sur le travail de Lotte Reininger et Les Aventures du prince Ahmed.

Qui est de la même époque puisque c’est sorti en 1926 donc ça fait sens …
On est juste à côté donc c’est ça. C’est vraiment Tiens Thibault me propose ça. Il y a des images dans le roman que je ne vais pas pouvoir représenter dans la BD. Comment faire pour les représenter ?

Le fait qu’il y ait deux techniques différentes, c’est un peu le procédé utilisé par Valentine Cuny-Le Callet dans Perpendiculaire au soleil une BD que je crois vous avez beaucoup aimé.
Valentine Cuny-Le Callet, bien sûr. Alors moi, j’aurais adoré travaillé en gravure. Ça, c’est quelque chose qui m’avait marqué dans Perpendiculaire au soleil : se permettre d’avoir plusieurs identités graphiques au sein d’un même livre. Moi je l’ai fait avec deux. J’aurais eu une année de plus, j’aurais fait de la gravure. C’est vrai que quand j’ai vu le travail de Valentine, je me suis dit Tiens, on peut se permettre ça aujourd’hui. C’est bien aussi d’aller voir se que les autres défrichent pour se dire Tiens, moi je peux le faire maintenant.
La forme maintenant avec votre mise en scène extrêmement variée, dynamique et percutante. Pouvez-vous nous en dire plus sur vos choix scénaristiques ? En quoi vos études en cinéma ont-elles été un plus pour la mise en scène ?
Alors là, c’était vraiment une envie d’interroger les médias. Pour mes études en cinéma, c’étaient plus des études en tant que chercheur en fait, je travaillais sur l’intermédialité donc sur les rapports entre les différents médias, entre les différentes pratiques avec au centre la bande dessinée et le cinéma. Donc qu’est-ce qui fait que la bande dessinée dans les premiers âges de son l’intermédialité a beaucoup emprunté ailleurs. Le cinéma a fait la même chose. Le cinéma s’est institutionnalisé avec son propre langage. La bande dessinée a intégré l’intermédialité, le fait d’emprunter comme son propre langage. Ça c’est une chose à laquelle j’ai beaucoup réfléchi en travaillant parce que j’ai arrêté ma thèse à mi-chemin avec l’idée de pratiquer la BD pour pouvoir finir ma thèse et voir comment moi j’intègre l’intermédialité dans la pratique de la BD. Maintenant, avec un bouquin comme Krimi, je peux finir ma thèse.
Quel est le pourquoi et le comment de la technique utilisée pour cet album ?
On est en dédicace, alors là, tu peux le voir en live. L’idée, c’était de trouver une technique qui me permette de reproduire au mieux l’éclairage des studios, quelque chose d’assez artificiel. Quand j’étais étudiant à Saint-Luc, je travaillais pas mal au fusain, à la pierre noire. Donc je me suis dit Tiens cette technique-là que tu as déjà touchée un petit peu quand tu étais étudiant, tu peux la récupérer. Et j’aimais aussi beaucoup l’idée dans cette technique de dessiner la lumière à la gomme une fois qu’on a recouvert l’encrage de fusain un peu comme la lumière imprime la pellicule. C’était vraiment éclairer en fait les scènes. C’est ce que me permet le travail au fusain, c’est-à-dire que sur un encrage très simple, je peux placer la lumière en deuxième partie puisque la lumière n’intervient pas du tout sur l’encrage.
On retrouve également l’atmosphère enfumée du film à travers notamment les cigarettes. Ça fume beaucoup dans le film, dans Krimi aussi.
Visuellement, c’est un accessoire qui permet d’équilibrer l’image. Une volute de fumée, ça rajoute de la lumière d’un côté s’il y a de l’ombre de l’autre. C’est vraiment un accessoire de dessin. Alors c’est terrible pour les lois anti-tabac (rire) mais visuellement même au cinéma ça meuble, ça équilibre, ça crée des contrastes.
Et pour le comment, comme je l’ai dit à la gomme simplement pour sculpter un peu la lumière, éclairer la scène.

Lors de notre échange à l’occasion de la sortie de Colorado train, vous aviez évoqué le projet Krimi et sembliez pencher pour un autre esthétisme, celui de Murnau. Je vous cite :
« Je pense que la prochaine BD, si elle n’est pas en noir et blanc, sera en bichromie puisque je parle du Berlin des années 20, d’expressionnisme allemand. On est sur quelque chose de très graphique où l’ombre et le noir ont une place importante. Donc j’imagine quelque chose de plus charbonneux que ce que j’ai fait avec Colorado Train. En tête, j’ai pensé forcément à Fritz Lang puisque c’est l’un des personnages de l’album mais aussi à Murnau. En ce qui concerne Murnau, on est sur un noir et blanc filtré : filtré de bleu, filtré d’orange, filtré de jaune. Et ça, ça m’intéresse aussi beaucoup : poser des filtres sur du noir et blanc. »
Alors finalement, pourquoi avez-vous abandonné cette idée ?

Parce que ça risquait de devenir trop lourd à force. Tu vois si j’ai un encrage très simple dans Krimi c’est-à-dire un encrage plus proche de celui d’Apache ou de Panama, c’est justement parce que rajouter le fusain alourdit tout ça. Si en plus je rajoute un filtre de couleur, c’est encore pire. Mais je garde cette idée pour un travail d’illustration que je fais actuellement pour Sarbacane où j’utilise cette technique-là mais comme c’est de l’illustration, je peux me permettre des images qui sont un peu plus lourdes. Et là du coup, je vais pouvoir réfléchir à cette idée de rajouter un filtre de quelques couleurs mais cette fois-ci, ce n’est plus sur le cinéma allemand, c’est sur la Grande Dépression.
Après ce petit détour aux États-Unis pendant les années 30 avec des filtres de couleur, retour à Krimi. Cette genèse fictionnelle de M. le Maudit est une formidable mise en abyme avec de nombreux jeux de miroirs. Tel Fritz Lang qui aimait brouiller les pistes en naviguant entre vérité et mensonge, réalité et fiction que vous évoquez d’entrée avec les différentes versions de la perte de son œil, Thibault et vous mêlez également les deux dès le départ à travers la rencontre entre Fritz Lang bien réel et Lohman, personnage fictionnel de ses films à venir …
Qu’en est-il du va et vient entre la réalité et la fiction ?


En fait, c’est ça. Le fait que la BD s’ouvre sur Fritz Lang qui s’entretient avec un de ses personnages, la consigne est là, quoi. C’est un pied dans la fiction, un pied dans la réalité et je trouve que passer par la fiction permet d’aller un petit peu plus loin dans les réflexions. Mais pour faire vraiment du documentaire en BD, je pense à Joe Sacco, je pense à tous ceux-là qui sont vraiment sur le terrain … Moi, je ne suis pas quelqu’un de terrain donc je préfère passer par la fiction. Par exemple pour Un travail comme un autre, pour Fourmies ça me permet d’interroger l’Histoire. Oui, je crois beaucoup dans les pouvoirs de la fiction.

J’aimerais bien qu’on s’arrête sur les trois Peter. Peter Kürten, le véritable tueur, Peter Lorre, l’acteur et Peter le singe en peluche de Fritz Lang qu’on retrouve à la toute fin de l’album tenant la pancarte Alex W. Inker, Décembre 2024. Alors, quid du singe ? Un clin d’œil au Jack de Lynch ?
C’est vrai qu’il y a beaucoup de liens entre David Lynch et cette BD. Alors oui, j’y ai pensé et ce qui m’intéressait aussi c’est d’avoir un potentiel narrateur dans cette idée et dès le début je me suis dit Pourquoi, ça ne serait pas le singe au final ce narrateur puisque c’est le témoin de tout ? Et ce rapport de Fritz Lang avec ses singes en peluche qui les chérit … On a ces images de Fritz Lang grabataire qui borde son petit singe, il le borde comme il borderait un trésor ou quelque chose qu’il craint parce que porteur de tous ses secrets. Et même, cette façon d’appeler toutes ses amantes Monkey, c’est des choses qui m’intéressaient. Alors oui, moi en tant que auteur, mon secret c’est que le témoin de tout ça, c’est le singe de Fritz Lang. Ça reste pour moi, ça (rire).
Parlons des deux Hans maintenant. Hans Beckert bien sûr le tueur dans M. le Maudit, mais aussi Hans le majordome, personnage qui au fil du récit devient de plus en plus ambigu et inquiétant. Que pouvez-vous nous dire sur le rôle de ce personnage ?
Alors là, je ne suis peut-être pas vraiment le bon interlocuteur. C’est vraiment Thibault, c’est le personnage préféré de Thibault.
Justement, je dois l’interviewer mardi.
Il faudra vraiment l’interroger sur ce personnage. Moi c’est un personnage que j’ai adoré travailler pour son ambiguïté, justement et ce pouvoir qu’il a rapport à Fritz Lang qu’on sent sous-jacent malgré le fait qu’il soit très obséquieux avec Fritz Lang. On sent quelqu’un qui a un passé trouble aussi. Sa façon de raconter l’interrogatoire en damier, comme ça … Je serais très curieux de lire les mots de Thibault sur ce personnage que j’ai pris beaucoup de plaisir à dessiner.


Autre personnage important, le Berlin des années 30 arpenté par Lang et Lohman : le Berlin avant-gardiste de la Nouvelle Objectivité à l’architecture moderne mais aussi le Berlin mal famé du crime organisé des ringvereine. Quelle est la place de la ville, de la grande ville dans Krimi ?
Alors j’ai beaucoup travaillé à partir du film de Ruttmann Berlin, symphonie d’une grande ville où j’ai fait pas mal d’arrêts sur image pour des détails. J’ai travaillé beaucoup à partir de décors de cinéma sur lesquels je m’arrêtais. C’est pour ça qu’on a plusieurs planches qui sont des citations directes du décor. Pour moi, c’est du décor, c’est un Berlin artificiel si ce n’est quelques détails qui viennent des films de Fritz Lang. La plupart, on se place dans les décors. C’est de la fiction donc même dans le dessin, on est sur de la fiction, donc des murs en carton pâte. Même si les gâteaux se mangent dans les décors, on est sur quelque chose en carton pâte.
Le cinéma bien sûr est omniprésent, le cinéma expressionniste mais pas que : reprise de scènes de Fritz Lang je pense notamment au tournage de La femme dans la lune et quelques scènes de M. le maudit mais aussi évocation d’autres cinéastes de l’époque tels Lubitch, clins d’œil à David Lynch et surtout une belle réflexion sur le cinéma et son pouvoir lors des discussions entre Lang et Lohman ou encore Lang et son majordome…
Je pense que c’est ça qui était au centre de mon intérêt dans l’histoire de Thibault, quand on parle de la fiction c’est qu’est-ce que le mensonge peut créer et dans quelle mesure nous en tant que créateurs et en tant que créateurs de fiction, on est aussi des menteurs. En fait, on raconte des histoires dans les deux sens du terme raconter des histoires. Donc Lang raconte des histoires qui sont en coulisse et dans la réalité et ce qui amène les nazis au pouvoir, c’est aussi le mensonge. Donc il y avait toutes ces strates de vérité, de vérité fictionnelle, de vérité alternative. Ce sont des mots que l’on emploie aujourd’hui en politique qui m’intéressaient dans le projet de Thibault. Je me suis dit Tiens c’est là-dessus que tu peux faire résonner … Souvent les gens disent Oui mais avec tout ce qui se passe aujourd’hui, le retour des nazis … Non moi, c’est plus les vérités alternatives et les raconteurs d’histoires.
Alors justement à l’instar de Lohman est-ce que vous croyez au pouvoir cathartique du cinéma pour changer le monde ?
C’est une bonne question parce qu’il y a la littérature … On va dire plus largement
L’art en général, le cinéma en particulier
Je pense que oui il y a un pouvoir de l’art en bon et en mauvais aussi parce que si on réfléchit un petit peu à ce que crée le cinéma dans les années 30… J’ai un lecteur qui m’a demandé en dédicace de ne pas dessiner Fritz Lang. Il m’a dit Je veux bien que tu me dessines Leni Riefenstahl qui remplace Fritz Lang quand il part en exil …
Ah oui, quand même !
Je l’ai dessinée, je lui ai fait un portrait de Leni Riefenstahl.
C’est un peu connoté quand même …
Oui, c’est un peu connoté. Après, la personne c’était un vidéaste. Je me suis dit Bon, il y a une réflexion derrière mais c’est vrai que là il répond un peu à la question. Il y a le pouvoir cathartique mais il y a aussi l’autre côté, le pouvoir manipulateur.
De manipulation des masses oui …
On sait aussi à quel point le son qui souvent venait en contrepoint percuter l’image dans ses films est important pour Fritz Lang. Comment en utilisant les outils de la bande dessinée avez-vous travaillé le passage du cinéma muet au cinéma parlant ? Vous semblez avoir accordé beaucoup d’importance à la typographie et son intégration au dessin.
Ce qui m’intéresse dans l’histoire de Fritz Lang, c’est le fait que son premier film muet met le son au centre de l’histoire puisque c’est l’indice qui va permettre d’arrêter le tueur : le sifflement et c’est un personnage aveugle qui le découvre. Donc là, je trouve que c’est un coup de génie de la part de Fritz Lang. Et ça, je lui rends hommage dans cette scène qui se passe dans les décors avec les Mickey. Les trois Mickey sont dans la vitrine – c’est dans M. le maudit – et les deux personnages, celui de Fritz et celui de Peter Lorre arrivent sur la scène. L’un siffle la musique de M. le maudit, l’autre siffle Steamboat Willie de Mickey qui marque un tournant dans le cinéma d’animation aussi puisque c’est l’un des premiers films sonores.

Mon rapport au son dans la BD, sur les typos, c’est parce que j’ai envie que l’objet soit homogène. Donc comme je tiens à cette typo qui a été choisie pour le titre qui est assez art déco, autant l’utiliser à l’intérieur de la BD aussi plutôt que d’en avoir plusieurs. C’est de l’ordre du détail mais du détail qui permet d’avoir un objet homogène.


Prenons maintenant l’épisode de la perte de son œil. Ne peut-on pas également le voir comme un prélude à la métaphore de l’œil qui va traverser tout le récit graphiquement parlant depuis le monocle du réalisateur jusqu’à l’objectif de la caméra sans oublier le regard porté à travers le trou d’une serrure ou derrière un miroir sans tain qui fait du lecteur un voyeur ?
Oui, complètement. Là, tu as mis le doigt sur un truc. C’est que le voyeur est présent. L’écran est omniprésent. L’idée, c’est de placer le lecteur en tant que spectateur et spectateur aussi voyeur qui sait des choses.

Krimi est un véritable mille-feuilles truffé de références cinématographiques bien sûr, mais pas que. Je pense aussi à la peinture expressionniste de Georg Grosz ou Otto Dix dans la planche page 75 si mes souvenirs sont bons, au mobilier Bauhaus aussi dans la maison de Fritz Lang sans compter les clins d’œil à vos propres albums : le combat de boxe nous fait penser à Panama Al Brown ou encore le poteau électrique devant lequel s’envole un ballon, scène bien réelle de M. le maudit entre en résonance avec Un travail comme un autre…
Est-ce que tu as remarqué qu’il y a la serveuse d’Apache qui est serveuse dans le cabaret ? (rire)
Non. Je l’ai ratée. Maintenant, je le sais …
Concernant les décors, c’est vrai qu’on a un Berlin à facettes. Si tu regardes les films de Fritz Lang, si tu regardes Les espions, M. le maudit, on a quelque chose d’assez gothique dans les décors et quand tu vas voir la maison de Fritz Lang à la même époque, on va sur du Bauhaus. Aujourd’hui encore tu voudrais construire ça dans un village en France, on te dirait Non, c’est trop moderne sauf que c’est un truc qui a cent ans. Et en même temps tu as les cabarets donc la liberté comme dans Fassbinder mais quand tu regardes les œuvres d’Otto Dix ou de Grosz, on est sur une galerie de monstres, une cour des miracles comme quand tu lis le travail de Remarque : on est sur une Allemagne qui est plus dépressive que festive.

Oui et il y a aussi le Berlin Alexanderplatz de Döblin ou encore Quoi de neuf petit homme ? de Fallada qui montre bien le déclin de l’Allemagne dans les années 30 …
C’est ça aussi. Le Berlin de l’époque c’est une ville de la fête mais c’est aussi une boule à facettes avec des facettes qui sont moins gaies que d’autres.
Avant de conclure, j’aimerais qu’on s’arrête un moment sur le choix de la couverture.
Souvent la couverture, c’est un sujet de discussion avec mon éditeur parce que moi j’ai toujours des idées … Et moi, je partais vraiment sur quelque chose de très grandiloquent. J’avais fait un A2 complètement au fusain avec une vue de Berlin, l’ombre de Fritz Lang en géant sur un immeuble avec une fenêtre en œil de bœuf qui lui fait son monocle … Et il m’a oui j’ai une image que tu as fait . C’était la quatrième de couverture, c’était ça la quatrième de couverture il m’a dit je trouve ça génial. Il y a le côté artificiel du décor puisque ça, c’est la décor de Metropolis et en même temps tu as cette population qui arrive comme un freak show en fait qui marche vers le lecteur et qui en même temps marche vers on ne sait pas quoi. Il m’a dit elle interroge …

Et les détails en plus : les deux tracts par terre l’un du parti communiste, l’autre du parti nazi.
Tu as les journaux aussi Die Lügen, c’est les mensonges. Donc il y a pas mal de choses qui sont là et donc c’est celle qu’il a retenue alors que moi je partais sur un truc différent. Ça, c’est le travail de l’éditeur aussi. C’est à la fin me convaincre de changer. Et moi, c’est mon travail d’auteur aussi de dire que ce n’est pas qu’un imprimeur, c’est aussi quelqu’un qui a une empreinte sur le bouquin et surtout moi qui ai la tête dans le guidon depuis deux ans, je ne suis plus forcément le plus à même de juger à la fin quelle couverture sera la meilleure pour mon bouquin.
Et puis là, superbe objet. Il vous a gâté, l’éditeur.
De toute façon, d’abord chez Sarbacane, j’ai un peu le choix de tout, à la fois du papier, du format, de la couverture jusque accompagner Xavier qui est le DA Sarbacane à Luçon chez l’imprimeur pour le calage. Ça c’est une des grosses chances d’être auteur chez Sarbacane.
Et vos projets alors ?
Alors mon prochain projet, c’est La Dragonne et le drôle. C’est l’adaptation d’un roman de fantasy sorti chez Sarbacane dans lequel je vais dessiner des dragons. Donc je reviens à la sergent major et à l’encre de Chine et sans doute avec un Pantone en plus, une bichromie. Là, je pars sur de la fantasy.
La Dragonne et le Drôle, Damien Galisson
Sarbacane, 2022

« Il a une douzaine d’années, et est surnommé “le drôle” par son clan – une petite troupe de quatre mercenaires qui sévit sur ce monde d’îles flottantes. Gamin doux et rêveur, il peine à trouver sa place sous les ordres et les taloches de Chef et Tanneur. Il y a bien Rody, son grand frère, mais il ne décroche pas un mot, ne lui accorde jamais un regard.
Le drôle, lui, aime par-dessus tout chanter et composer des rimes, ce qui ne lui apporte que des ennuis.
Jusqu’à ce jour fou où un dragon immense s’écrase à ses pieds. Une dragonne. Poursuivie par une armada d’aéronefs de guerre.«

WIP : Le carnet

L’album qui paraitra le 4 novembre aux éditions Sarbacane

Et il était question à un moment donné de fêter les dix ans d’Apache …
C’est toujours en question.
Donc ça devrait sortir l’an prochain …
Euh … on fêtera peut-être plutôt les onze ans voire même les douze ans (rire) mais c’est toujours en projet.
Eh bien merci beaucoup et bon festival !
Interview de Francine VANHEE

POUR ALLER PLUS LOIN
La chronique de l’abum

À venir …

L’ITW de Thibault Vermot (À Venir)


Les abums d’Alex W. Inker cités dans l’ITW
Chronique de Colorado Train







Les 2 romans cités

« Franz Biberkopf sort de prison, où il purgeait une lourde peine pour avoir tué sa femme. Il est fermement décidé à mener désormais une vie honnête. Mais dès la rencontre avec Reinhold, souteneur et petite frappe sans scrupule, ce voeu pieux semble impossible à tenir. Mêlé à toutes sortes de trafics, Franz commence à en savoir trop sur Reinhold. Dès lors commence pour lui une lente et terrifiante descente aux enfers… Le roman d’Alfred Döblin, paru en 1929 à Berlin, est un monument unique de la littérature mondiale. Il capte les bruits de la ville, nous plonge dans la vie du petit peuple des prostituées et des malfrats, nous fait sentir les fracas d’une métropole qui happe ses habitants et broie ceux qui se perdent dans sa nuit. Nous sommes plongés dans les vertiges du Berlin des années 1920, tourbillon aussi fascinant qu’inquiétant.«


« Allemagne, années 30. Johannes Pinneberg, petit comptable de province, et Emma Mörschel, fille d’ouvriers, s’aiment d’un amour sans nuage. Lorsqu’ils découvrent la grossesse d’Emma, ils décident de se marier. Mais en ces années noires, construire une vie de famille n’est pas chose aisée. La société allemande est à la dérive, minée par la crise économique, les conflits sociaux et idéologiques. Insatiables amoureux, Emma et Johannes lutteront sans relâche contre la vague de désolation qui les tire vers le fond. Hans Fallada décrit avec talent l’Allemagne de Weimar, et excelle à rendre la vie des petites gens. Satire sociale et grand roman d’amour, Quoi de neuf, petit homme ? est considéré comme l’un des chefs-d’oeuvre de la littérature allemande d’avant-guerre.«











